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FÊTES VOTIVES ET ORCHESTRES DE BAL : À SITUATION DÉSASTREUSE, DÉBAT POSSIBLE ?

Dans la première partie de notre enquêtenous nous sommes fait l’écho des dangers qui menacent, selon certains artistes, les orchestres de bal au sein des fêtes votives de l’Hérault. La situation étant désastreuse, y a-t-il un débat possible ? Telle est l’épineuse question de ce second volet.

Enquête sur l’avenir des fêtes votives et des orchestres de bal dans l’Hérault (2/2)

FÊTES VOTIVES ET ORCHESTRES DE BAL : À SITUATION DÉSASTREUSE, DÉBAT POSSIBLE ?


À la relecture de cet article, le président du SNACOPVA Serge Navarro a corrigé la quasi totalité de ses propos (malgré un enregistrement de la conversation initiale). Après une première série de corrections, il nous a de nouveau intimé l’ordre de procéder à des ajouts au cœur de l’article, sous peine de refuser toute publication. Notre objectif étant de présenter les logiques qui opposent les deux parties dans ce conflit, nous avons accepté de retranscrire, dans un souci d’apaisement et de dialogue, toutes les corrections demandées ; nous les avons seulement indiquées explicitement (« ⇒ »), par souci de justice pour la partie adverse – qui n’a imposé aucune modification* – et pour le travail de notre journaliste.


Un statut cadre pour le chef d’orchestre ?

« Nous ne sommes plus qu’une minorité à faire le métier dans les règles de l’art en déclarant nos musiciens, alors qu’il se trouve une trentaine d’orchestres en France, affirme Pascal Douzet, qui nous assure que n’importe qui peut se prétendre chef d’orchestre en France. Le reste fait n’importe quoi en se faisant payer 4 500 €, charges et cotisations incluses pour un orchestre de 25 personnes. C’est intenable. Cela devrait coûter 10 000 €. Certains magouillent avec le statut d’intermittent pour permettre aux musiciens de déclarer 43 dates dans l’année et ces derniers ferment leur gueule. Des gens travaillent à perte, alors que c’est interdit. » Il estime que personne ne met son nez là-dedans, alors que Pôle Emploi, l’Urssaf, les impôts devraient y regarder.

Il faut donc valoriser le métier pour le sauver

Étant donné que le mandataire, soit le chef d’orchestre, est reconnu de jure (cf. l’arrêt de la cour de cassation du 4 décembre 2013 qui pourrait faire jurisprudence) comme employeur des autres musiciens, il faut que cela apparaisse dans son statut. Les chefs d’orchestre demandent donc une certification et un statut de cadre sous contrôle de la DRAC. C’est ce qu’ils aimeraient que leur syndicat les aide à défendre. Christophe Alméras regrette que le SNACOPVA ne les y aide pas. Au motif que les chefs d’orchestre perdraient ainsi leur statut de salarié, le syndicat refuse d’en discuter. Pour éviter de changer le modèle, il distille des conseils, « des rustines d’optimisation comptable ». Les chefs d’orchestre qui tentent de faire changer les choses regrettent ainsi que le syndicat censé les représenter ne participe pas aux réunions préfectorales et qu’il n’ait aucun délégué départemental dans l’Hérault ou le Gard.

L’objectif serait de parvenir, avec l’aide du syndicat et des employeurs occasionnels de spectacles qui sont inscrits au Guso, à un abattement de 50 % des cotisations sociales collectées par le Guso, pour les chefs d’orchestre certifiés. Ce, dans le but d’encourager le métier à se réguler et de venir en aide aux organisateurs occasionnels bénévoles dont les subventions diminuent. Car sans orchestres, les fêtes perdraient leur âme populaire.

La certification permettrait également au chef d’orchestre de proposer deux formules : une formule réduite, pour un coût de 5 000 € et une formule complète pour un coût de 10 000 € sous deux noms d’orchestres différents, puisque c’est le chef d’orchestre qui serait certifié. Le GIP Cafés Cultures, qui est financé par les collectivités territoriales, ne pourrait-il pas être étendu aux orchestres de bal, ce qui permettrait même de parvenir à une prise en charge de 65 % de la masse salariale minimum de leur convention collective (annexe 6) par ce fonds d’aide, incitant les mandataires à déclarer tous leurs musiciens ? Cela serait logique, étant donné que ce fonds d’aide bénéficie aux enseignes privées quand elles embauchent des groupes de musique. Cela semblerait d’autant plus logique qu’il soit mis au profit des associations à but non lucratif quand elles organisent des fêtes. Pour l’heure, un orchestre de bal ne coûte que la somme des salaires minimums.


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Qu’en dit le syndicat ?

Serge Navarro, président du SNACOPVA, dit être conscient que la situation est actuellement difficile pour les orchestres de bal, mais estime que les solutions que certains préconisent sont utopiques. « Nous avons étudié leurs requêtes et leur avons répondu. Je suis d’accord avec eux sur le fond du propos, sur le constat, pas sur leurs arguments. » Pourtant, les personnes que nous avons interrogées disent qu’elles n’ont pas reçu de réponse et que rien n’a changé.

Il s’explique : « Nous défendons le bien du salarié avant tout et pas seulement les chefs d’orchestre. Les chefs des grands orchestres de bal font souvent un amalgame, ils se prennent pour des patrons alors qu’ils sont artistes mandataires salariés. La seule solution, pour eux, c’est de devenir officiellement patrons. »

Et le statut de cadre, qu’en pense-t-il ? Il estime que le SNACOPVA, dépendant de la CFE-CGC « a tenté il y a bien longtemps d’obtenir le statut cadre aux responsables d’orchestres de bal. Nos arguments tentaient de démontrer la fonction de cadre au regard des responsabilités qu’exerce l’artiste mandataire salarié (comme dans toute entreprise) entre l’employeur (les organisateurs de spectacles : productions, comité des fêtes, associations diverses…) et les collègues artistes salariés. À cette demande, les partenaires sociaux (salariés et patrons) ont rétorqué qu’il n’y avait que deux possibilités légales : être patron (responsabilité de l’équipe artistique et technique, achat possible de matériel en tant que prestataire, récupération de TVA…) ou artiste salarié mandataire, ce qui réduit grandement le champ d’action. »

[⇒ Ajout imposé : « Il n’est par sa fonction que le lien désigné par ses confrères pour la relation avec l’employeur (signature d’un contrat collectif après aval de ses confrères artistes nommant le responsable d’orchestre par mandat). Il est le “garant” de la bonne collecte des informations sociales de tous les artistes (lui compris) pour que l’employeur puisse établir toutes les déclarations… »]

Il estime par ailleurs que « demander le “statut cadre” [irait] à l’encontre du désir [de ces personnes] de faire “baisser les cotisations sociales” ». Car, « l’employeur d’un cadre a plus de cotisations sociales ». Justement, il serait question d’un abattement de charges. « Oui, mais celui-ci se ferait au détriment des droits des salariés que nous défendons. »

Et l’idée de proposer un abattement des cotisations sociales par le biais du GIP Cafés Cultures ? « Les partenaires sociaux ne sont pas d’accord, cela aurait un impact sur les droits sociaux. Si moins de charges sont payées, cela fait moins d’argent dans les caisses de l’État, donc moins d’aides en cas d’arrêt maladie, etc. »

Alors, on aiderait les commerces, cafés, restaurants… quand ils embauchent des musiciens, on leur rembourserait une partie de ce que cela leur coûte mais pas aux bénévoles qui organisent des fêtes votives, des bals populaires ? « Oui, les patrons de café ont obtenu, par le biais de leurs syndicats, des aides mais pas les occasionnels. Ceux-ci, en se regroupant et en se fédérant, ont réussi à bénéficier d’abattements Sacem et autres, et nous sommes attentifs à leurs besoins, c’est pourquoi nous venons de rencontrer le président national de la FCF (Fédération des Festivals, Carnavals et Festivités). C’est en étant partenaires que nous aiderons nos employeurs occasionnels ! »

Nous demandons des états généraux !

Le président du SNACOPVA pointe du doigt l’inaction de l’État et regrette que celui-ci laisse mourir la musique vivante, les orchestres. Il se dit conscient du fait que beaucoup fraudent et ne respectent pas la loi, mais que c’est à l’État qu’incombe cette mission de contrôle. « Nous avons envoyé des recommandés dans 63 Direccte, seule celle de Toulouse nous a répondu et cela bouge en Haute-Garonne. » Il poursuit : « Il faut que l’État prenne position pour sauvegarder les fêtes votives et la culture française ! La culture est sur une pente glissante c’est un appel à l’aide qui est poussé ! Si les fêtes populaires se réduisent à aller se bourrer la gueule à Bayonne, cela ne vaut pas le coup. N’est-ce pas la fin des orchestres de bal ? »

En réalité, ce qu’il reproche aux mandataires des grands orchestres, c’est d’avoir quelque peu dévoyé le métier en débarquant avec une grosse armada de musiciens, de techniciens et de matériel.

[⇒ Ajout imposé : « En effet, le bal est fait pour danser (que ce soit des musiques de variété ou autres tels que défini à l’annexe bal de la convention collective IDCC 30.90) et le concert que donnent certains orchestres n’est plus classable dans la catégorie “bal”. »]

Il estime que ces gens-là devraient se fédérer et probablement changer de statut, passer en SARL, SA, SAS, par exemple et être eux-mêmes producteurs (adhérent PRODISS, SNES…). « C’est impossible, nous dit l’un d’eux. Impossible de se salarier et d’être producteur pour un comité des fêtes. Le SNACOPVA représente les accordéonistes, pas les gros orchestres. Dès lors qu’il n’y a pas de partie technique, on peut gagner sa vie en jouant dans les bals. Ce que nous demandons, c’est que soit prise en compte la location du matériel technique ! »

[⇒ Ajout imposé : « Le SNACOPVA répond que certains mandataires sont, contrairement aux allégations de ce groupe, à la tête de gros orchestres de bal : Gil St Laurent, Klein, Oasis, Malaga, Jean Ribul, Stéphane Courtot Renoux, Welcome Orchestra, Paris Select (pour les orchestres spécialisés dans l’événementiel), etc. L’arrêt de cassation qui a requalifié un mandataire comme employeur est un exemple ; je vous rappelle en contre-exemple que le SNACOPVA a récemment défendu un adhérent mandataire et que nous avons eu gain de cause devant les prud’hommes de Toulouse début 2018 ! Le tout est de rester dans les clous et ne pas outrepasser ses fonctions… »]

Nous demandons des états généraux !

Finalement, s’il y a un point sur lequel les uns et les autres trouvent à accorder leurs violons, c’est qu’ils ne sont d’accord sur rien, ou à peu près. Le SNACOPVA semble pousser ces « gros » qui font du bruit à aller se chercher un autre syndicat pour les représenter. Mais ceux-ci estiment qu’ils n’en ont pas les moyens. « Nous sommes obligés d’utiliser les contrats SNACOPVA ! » Alors, ce qu’ils demandent, ce sont des états généraux, afin que tout le monde puisse s’asseoir à une table et discuter, ce qui est pour l’instant impossible, les uns disant qu’on ne veut pas les recevoir, les autres qu’on les insulte, ce qui fait probablement les affaires des politiques qui, pendant ce temps, n’ont pas à se préoccuper des problèmes.

Et c’est la culture populaire qui s’éteint petit à petit. Pourtant, de chaque côté on dit se battre pour la sauver. Une source proche du dossier nous dit même que Patrick Vignal, député LREM de l’Hérault, attend que le SNACOPVA le contacte pour faire remonter le dossier au ministère. Alors, chiche, on s’y met ?

Matthieu de GUILLEBON

NB : Le but de notre enquête n’est évidemment pas de soutenir une partie contre une autre, mais de présenter du mieux possible un conflit, avec les logiques qui s’opposent. C’est pourquoi chacune a eu un droit de relecture sur ses propos.

Source : Profession Spectacle

Entêtement du MEDEF et retour de flamme chez les intermittents. Interview de Cyril, comédien

Alors que le Medef refuse d’entériner l’accord du 28 avril sur l’assurance-chômage, obtenu après plusieurs semaines de lutte et d’un mouvement d’occupation des théâtres, les intermittents reprennent leurs luttes.

Entêtement du MEDEF et retour de flamme chez les intermittents. Interview de Cyril, comédien

Ce lundi, ils ont manifesté leur colère en occupant le siège du MEDEF. Pendant l’action, Loïc, de la compagnie Jolie Môme, a été agressé par le chef de la sécurité du MEDEF, puis mis en garde-à-vue. Depuis le rassemblement de soutien qui se tenait devant le commissariat du 7e arrondissement, nous avons interviewé Cyril, comédien, sur ce retour des intermittents dans la lutte.

Propos recueillis par Flora Carpentier

Est-ce que tu peux nous raconter ce qui s’est passé avec le MEDEF par rapport à l’accord qui avait été trouvé ?

L’accord du 28 avril, ce qui s’est passé c’est qu’il y a eu depuis plusieurs mois une négociation entre partenaires sociaux sur la convention UNEDIC et que dans le domaine du spectacle, ce que l’on appelle les annexes 8 et 10, les partenaires sociaux concernés par les activités spectacles se sont retrouvés à part pour une négociation sectorielle sur la future refonte des annexes 8 et 10.

A l’intérieur de cette négociation un peu à part, les partenaires du secteur, juste de la branche spectacle, sont parvenus à un accord qui remettait en place certaines dispositions d’avant la réforme de 2003 et qui permettraient, si elles étaient acceptées, une meilleure indemnisation des professionnels du spectacle.

Mais évidemment, cet accord n’est finalement qu’un accord de principe puisque les seuls habilités à signer la convention UNEDIC ce sont les négociateurs centraux qui sont à la tête du MEDEF et des organisations syndicales et, pour eux, de ce point de vue là, rien n’est fait.

Ce ne sont pas des gens d’une branche, ce sont des gens qui s’occupent de la négociation UNEDIC pour tous les chômeurs de toute la France. Donc ce qui s’est passé c’est que, pour l’instant ceux qui ont négocié cet accord de secteur pour le spectacle ont essayé de le faire passer dans l’accord global de la convention UNEDIC général et bien sûr le MEDEF et la CFDT s’y sont opposés.

Le MEDEF central et la CFDT centrale s’y sont opposés bien que, dans la branche spectacle, les employeurs du spectacle avaient accepté de revenir sur des dispositions qui avaient pourtant été mises en place à partir de 2003, et cela représentait pour les salariés du spectacle un petit plus pour les moments où ils seraient au chômage. Même ce petit plus, ça ne passe pas.

Et face à ça vous avez décidé de vous remobiliser ?

Oui, d’une part puisque que les professionnels du spectacle, les salariés, défendaient pour beaucoup ce retour à une indemnisation moins inégalitaire et moins injuste que celle en vigueur depuis 2003. Pour contrer ce courant présent dans la société française où on essaie de sauver ce qui peut l’être, là c’est une nouvelle démarche, revenir à des situations où les droits étaient meilleurs, conquérir de nouveaux droits pour le futur, conquérir ceux que l’on a perdus. Il faut mettre cette démarche en route pour tous les salariés, tous les précaires, tous les chômeurs donc aussi pour les intermittents du spectacle. Il y a ça à défendre.

Il y a une occasion, puisqu’il y a tension avec les partenaires sociaux, il se pourrait que la refonte de l’UNEDIC n’ait pas lieu et si elle n’a pas lieu le gouvernement doit prendre un décret pour décider de comment les chômeurs de toute la France seront indemnisés. Dans ce cadre là, essayer que les salariés du spectacle fassent pression sur le gouvernement pour que, au moment où il prenne ce décret, il intègre dans ce décret l’indemnisation plus favorable des intermittents du spectacle, enfin la moins défavorable possible. C’est-à-dire mettre ce décret du 28 avril dans le décret gouvernemental si jamais les partenaires sociaux ne s’entendent pas. Sinon, continuer le combat même s’il y a une signature d’une nouvelle convention UNEDIC, que cette convention intègre la partie spectacle.

C’est le mouvement des intermittents qui reprend ?

Déjà, il n’était pas complètement éteint, parce qu’il y a une braise sous la cendre. Certains vérifient au jour le jour sur quels événements on peut peser, s’inviter. Dimanche, on s’est rassemblés en AG aux ateliers Berthier. La salle était pleine, on était donc au moins 600. Cette AG a été le moment de souffler sur la braise.

Sinon, des intermittents passent aussi à Nuit Debout, voir les raffineurs, voir les autres secteurs en grève pour montrer leur solidarité.

Vous êtes donc également mobilisés pour le retrait de la loi travail ?

Oui bien sûr parce que déjà la loi travail elle nous touche nous, un des articles de la loi autorise le travail amateur sur scène, c’est-à-dire du travail non payé sur scène et cela est très dangereux pour tous les gens qui travaillent. En plus, la loi Travail touche tous les salariés en général, et quand tous les salariés sont touchés par une loi avec régression des droits, dangers sur les salariés, cela se répercute aussi sur les spectacles.

Source : Révolution Permanente

Audrey Azoulay : «L’Etat ne laissera pas tomber les intermittents»

A un an de la présidentielle, la nouvelle ministre de la Culture défend le bilan du gouvernement et précise sa politique.

« Le cadrage adressé au monde du spectacle est une provocation » – Audrey Azoulay

Audrey Azoulay : «L’Etat ne laissera pas tomber les intermittents»
Audrey Azoulay, le 15 avril au ministère de la Culture. Photo Audoin Desforges

Audrey Azoulay assistait à la soirée de gala des 40 ans du Printemps de Bourges. La ministre de la Culture, qui a succédé en février à une Fleur Pellerin raillée pour son inculture, se plaît à déployer un intérêt éclectique et sûr. Elle dit se rendre souvent à la Philharmonie, a vu l’exposition sur le Velvet Underground «sans être une fan» , et a plusieurs livres en cours, celui de Mohammed Arkoun sur le Coran et Itinéraires d’un jardinier de Pascal Cribier. Au théâtre, le Metope del Partenone, de Romeo Castellucci, vu juste après les attentats, l’a particulièrement «bouleversée». Quid de la politique culturelle à mener pour cette fin de mandat ?

Ce quinquennat est marqué par une défiance croissante des milieux culturels vis-à-vis du gouvernement. Il y a un problème de lisibilité de votre politique. Comment comptez-vous y remédier en onze mois ?

Je parlerais, à l’inverse, de mobilisation croissante du gouvernement pour la culture. La question du bilan viendra. Beaucoup de décisions restent à prendre dans les mois qui viennent. Et depuis deux mois, beaucoup ont déjà été prises, sur la liberté de création, la protection des sources des journalistes, les bibliothèques, et les nominations pour le spectacle vivant.

Quel bilan pouvez-vous déjà tirer ?

Enormément a été fait. Je pense notamment au livre, qui était une priorité pour Aurélie Filippetti [à la Culture de 2012 à 2014, ndlr]. Le retour à une TVA réduite ou le plan pour les librairies, qui fait qu’aujourd’hui le secteur se porte bien. En 2013, il y a aussi eu un combat majeur pour l’exception culturelle, dans le cadre du mandat transatlantique. Le mandat de négociation préparée par la Commission européenne pour l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis incluait la culture. Seule la France s’est battue dès le début pour que ce ne soit pas le cas. Le combat a été porté par les milieux culturels, le cinéma et l’audiovisuel, mais c’est l’engagement du chef de l’Etat qui a pesé sur la décision finale. C’est aujourd’hui la protection des droits d’auteur qui le mobilise.

Mais il persiste un flou sur votre action, notamment dans le spectacle vivant…

Le soutien au spectacle vivant est au cœur de la politique artistique. Nous avons la chance d’avoir en France un modèle de soutien aux artistes envié à l’étranger, grâce au dynamisme de nos lieux de création et de diffusion. Cela passe par le maintien d’un régime spécifique d’assurance chômage, qui correspond à l’activité intermittente de ces professions aujourd’hui inquiètes pour les négociations sur l’avenir de l’Unédic. En 2015, le gouvernement a pris ses responsabilités et permis de rétablir un dialogue serein avec les professionnels les plus directement concernés. Ils discutent en ce moment et j’ai bon espoir qu’un accord sera trouvé fin avril.

Mais le Medef leur demande une économie de 185 millions !

Le cadrage adressé au monde du spectacle est une provocation, et il est clairement un appel explicite à ce que ce soit le gouvernement qui finance une bonne part des économies. Tout le monde reconnaît qu’une économie se situant autour de 100 millions, après ceux de la précédente convention, constituera déjà un effort très important pour la profession. Le Premier ministre l’a dit, l’Etat ne laissera pas tomber les intermittents, il ne permettra pas que ce régime soit dans l’impasse. Mais la demande des professionnels du secteur est bien de préserver dans la durée un régime d’indemnisation du chômage dans le cadre de la solidarité professionnelle.

Craignez-vous des protestations à Cannes ou à Avignon ?

Les gens savent que les festivals sont fragiles et ont eu du mal à se remettre des crises précédentes. Mais je suis aussi inquiète pour la saison qui s’annonce quand je vois le désengagement important de certaines collectivités locales. J’appelle simplement tous les mouvements à préserver les lieux culturels et les événements qui contribuent à renforcer le lien social. Le Premier ministre a annoncé un dégel de 50 millions d’euros pour la culture.

Comment allez-vous les utiliser ?

Le dégel permet de tenir nos engagements sur l’éducation artistique et culturelle et l’aide à la création. Nous allons déployer des crédits nouveaux, notamment pour soutenir les compagnies de théâtre et de danse et les ensembles musicaux, l’accompagnement de résidences d’artistes, de plasticiens et de photographes, et pour ouvrir les bibliothèques le dimanche. J’ai décidé de consacrer 15 millions d’euros aux conservatoires qui s’engageront à favoriser la diversité des publics.

Le label «compagnies nationales» a été créé afin de venir en aide aux troupes hors institutions. Quels en sont les critères d’attribution?

Une soixantaine de compagnies vont en bénéficier, dont celles de Joël Pommerat, de Julien Gosselin, ou de Phia Ménard. Cela va leur donner un véritable élan pour leurs projets. C’est une démarche pérenne qui vise à soutenir ces compagnies, qui sont hors des structures institutionnelles et qui apportent un souffle différent à la création.

Quels types d’actions artistiques et culturelles comptez-vous soutenir ?

D’abord étendre des initiatives existantes. Par exemple, l’éducation au cinéma. On ne touche que 12 % d’une classe d’âge. Je souhaiterais élargir l’éducation à l’image pour les élèves de primaire. Avec Laurent Bayle à la Philharmonie, nous voulons aussi étendre le projet Démos, ces orchestres composés d’enfants qui, sans connaître le solfège, abordent la musique par la pratique collective.

Ou en est-on sur la diversité ?

Il faut commencer par agir au niveau des écoles supérieures d’art. A nous de trouver des dispositifs pour les ouvrir davantage à une génération qui soit à l’image de la France, qu’on retrouvera demain au théâtre et au cinéma. Je pense à ce que tente Claire Lasne-Darcueil au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris ou Arnaud Meunier à l’école de la Comédie de Saint-Etienne. Ce sont des exemples à suivre. La politique de nomination des dirigeants d’établissements culturels doit aussi refléter la réalité de la société.

Quelle réponse apportez-vous à l’inquiétude qui monte dans les écoles d’art ?

Il faut avant tout se réjouir d’avoir un réseau d’écoles d’art territoriales de grande qualité. J’entends les inquiétudes sur la reconnaissance de la spécificité de ces écoles, où les enseignants sont des artistes. C’est pour cela que la loi en cours de discussion prévoit la création d’un Parlement des écoles, qui sera un lieu de débats et aussi de prise de décision.

Il y a en France de riches collections d’œuvres d’art. Mais très peu de moyens sont consacrés à leur circulation…

Nous avons la chance d’avoir un réseau exceptionnel de plus de 1 200 «musées de France». Je vais lancer une réflexion collective sur les enjeux du musée du XXIe siècle. Quel musée pour permettre le dialogue entre les cultures, pour contribuer à l’éducation citoyenne et nous rassembler ? Ouvrir les musées, c’est aussi se déployer hors les murs. Le maire de Clichy-sous-Bois [Olivier Klein] expliquait très bien, à l’occasion du comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté à Vaulx-en-Velin [mercredi], comment le Quai Branly, qui vient faire des ateliers nomades dans sa ville, a changé le rapport des publics au musée et à l’œuvre.

Pensez-vous également jouer sur les horaires d’ouverture ?

Oui. Dans les musées comme dans les bibliothèques, nous voulons améliorer l’accessibilité du public. Les bibliothèques sont des lieux de culture et de transmission des savoirs. Il faut les ouvrir davantage. C’est une question d’égalité. Il existe un réseau de 16 000 bibliothèques sur tout le territoire. Nous allons accompagner dès cette année celles qui ouvrent le dimanche. Nous avons déjà identifié une cinquantaine de collectivités.

Et pour les musées ?

Nous allons signer avec Najat Vallaud-Belkacem une convention avec trois grands musées parisiens – le Louvre, Versailles et le Musée d’Orsay – pour un accueil privilégié des groupes scolaires, avec des parcours spécifiques, le jour habituel de fermeture. Je veux aussi faire de Clichy-Montfermeil [Seine-Saint-Denis] la porte culturelle du Grand Paris. Ce sera un lieu d’expérimentation de nouvelles relations à l’art et à la culture au plus près des habitants.

Les musées sont entrés dans une logique de rentabilité avec des expos «blockbusters» parfois discutables, ou un recours parfois envahissant à des ressources financières privées. Comment peut peser le ministère ?

Structurellement, les musées ont été encouragés à développer leurs recettes propres. Les contributions des Amis de Pompidou représentent ainsi 80 % du budget des acquisitions du musée. Son action n’en est pas pour autant dévoyée, sa mission pluridisciplinaire est préservée. La mobilisation d’autres ressources que celles de l’Etat en faveur de l’enrichissement des collections nationales et de leur déploiement est cruciale. Le Grand Palais, qui a accueilli en location d’espace une exposition consacrée à Louis Vuitton, a une vocation culturelle mais également une mission de valorisation plus large d’un lieu extraordinaire. Peut-être faut-il mieux les différencier vis-à-vis du public ?

Serez-vous la ministre qui «recréera l’ORTF», comme vous interpellent les sociétés des journalistes de France 2, France 3 et FranceTV Info dans une tribune parue dans Libé ?

Il n’y aura pas de fusion entre les sociétés de l’audiovisuel public. Une partie des équipes sera associée pour produire en commun un service d’information continue sur tous les médias. Sur la question du nom, c’est aux éditeurs d’en décider. Je saisirai dans les prochains jours le CSA des projets de modification des cahiers des charges de France Télévisions, Radio France et France Médias Monde fixant le cadre de cette coopération.

Source : Libération

Intermittence : analyse d’un enjeu national !

La lutte des intermittents contre le MEDEF nous concerne tous: les luttes juridiques des intermittents contre Pôle Emploi ont anticipé la lutte contre la « loi Travail » !

Intermittence : analyse d'un enjeu national !
Une manifestation d’intermittents du spectacle, à Marseille, en juin 2014. BORIS HORVAT/AFP

Dans les cortèges ou dans des actions particulières, ils et elles sont bien visibles dans cette mobilisation. Celles et ceux qui n’ont pas suivi de près les mouvements des intermittent-e-s peuvent en être surpris. Pourquoi un groupe professionnel qui paraît individualiste, dont les champs d’activité et les lieux d’exercice sont éparpillés, dont l’emploi est discontinu, dont les professions sont diverses ( du musicien au technicien du son en passant par le théâtreux) est-il capable de former un collectif et de mener des actions ensemble ?

Car les intermittent-e-s sont, dans ce mouvement sur la « loi Travail », des actrices et des acteurs de première importance : ils sont pratiquement les seuls au niveau national (localement il existe encore quelques associations de chômeurs et de précaires) à porter la question de la gestion actuelle du chômage ; ils rappellent que se déroule parallèlement au débat sur la « loi Travail » une négociation pour un nouvel accord UNEDIC.

Le mouvement des intermittents s’explique par son auto organisation comme sujet collectif agissant en permanence depuis 2003, j’y reviendrai.

Mais de même que la « loi Travail » est un « heureux événement » qui a largement contribué à la mobilisation actuelle, les attaques permanentes du MEDEF ( mais aussi de ministres, des médias, de la Cour des comptes …) ont contribué à construire un identité « intermittent-e-s », une conscience d’intérêts collectifs. Les intermittents sont victimes de la haine du MEDEF. Pourquoi le MEDEF mais aussi ses alliés « syndicaux » s’attaquent-ils avec autant de constance et aussi brutalement aux intermittent-e-s ?

Gattaz défendrait-il les intérêts des salariés ?

le régime des intermittents n’est pas un problème économique

Malgré les discours, la propagande déversée à longueur d’antennes et de colonnes, le régime des intermittents n’est pas un problème économique. Le souci de gestionnaires de l’UNEDIC qui voudraient équilibrer les comptes n’est ce qui guide le MEDEF.

38 % seulement sont indemnisés

Les intermittent-e-s ne représentent que 3,7 % des chômeur-euse-s indemnisés, à un niveau semblable à celui de la moyenne des chômeurs, et même si on demande à ces 3 % de faire 25 % des économies à réaliser on reste encore loin du compte. Rappelons que 38 % seulement sont indemnisés. Les collectif d’intermittents ont mis en évidence l’absurdité des calculs sur le prétendu déficit du régime (un régime qui n’existe pas, le seul existant est le régime interprofessionnel).

Pourquoi ne pas avoir les mêmes « exigences d’économie » vis-à-vis de tous les emplois précaires qui se sont considérablement développés et qui « creusent le déficit » de l’UNEDIC : « l’évolution du marché du travail, marquée par une augmentation des emplois courts et une diminution des emplois longs, exerce un effet défavorable sur l’équilibre global du régime d’indemnisation » disait en septembre 2013 la Cour des comptes qui ne préconisait pourtant que la pénalisation des chômeur-euse-s. Elle a été écoutée par les partenaires sociaux qui ont mis fin en 2014 « aux conditions d’indemnisation plus favorables des intérimaires ». mesure qui n’a servi à rien qu’à aggraver la vie des intérimaires! Dans le même temps, les partenaires sociaux dispensaient les boites d’intérim du versement d’une sur-cotisation pour les contrats courts, les marchands de chair à patron s’engageaient alors à créer des emplois en CDI : cette promesse n’a pas été tenue et pourtant personne ne parle de remettre en cause ce cadeau, la place de ce secteur dans le MEDEF, la place des intérimaires dans la gestion des ressources humaines l’explique.

Quand le MEDEF soutient les assistés (riches!)

Bien en peine pour justifier économiquement leur haine, les patrons avancent un second argument : le régime des intermittents serait une subvention déguisée à la culture, imposé aux salariés et aux patrons alors que ce devrait être à l’Etat de payer (c’est-à-dire aux salariés contribuables, ce qui dispenserait les entreprises des cotisations patronales). Mais les grands patrons ont-ils le même comportement vis-à-vis de la culture quand il s’agit de mettre en place des « fondations culturelles » qui leur permettent une évasion fiscale. A-t-on entendu Gattaz, le pourfendeur des intermittents, dire un seul mot pour dénoncer la fraude fiscale considérable dans le très lucratif « marché de l’art » ( appropriation privée des créations transformées en marchandises ou en outil de spéculation financière) . Pourtant le « Panama papers » vient rappeler l’importance de ces pratiques !

Et pour parler des subventions déguisées pourquoi ne pas dénoncer les exonérations de cotisations sociales ou plus précisément les nombreuses aides a ces grands assistés que sont les industriels de l’armement comme Dassault qui bénéficie en plus de VRP présidentiels ou ministériels pour vendre ses rafales à notre ami le roi d’Arabie saoudite ?

Le MEDEF ne se contente pas de fermer les yeux sur certaines subventions déguisées à des secteurs économiques ou à des entreprises, il organise lui-même des subventions des PME et des artisans vers ses amis des assurances, par exemple l’ANI de janvier 2013 a créé une obligation de la complémentaire santé pour toutes les entreprises qui est un transfert ( de 4 milliards d’euros , chiffre avancé par le MEDEF) des petites boîtes vers les multinationales de l’assurance.

Les arguments financiers, gestionnaires, baptisés « économiques » par le MEDEF pour supprimer le régime des annexes 8 et 10 ne tiennent pas. Il s’agit donc d’un autre enjeu !!

L’ enjeu de la liquidation de l’intermittence : garantir la contrainte sur des précaires de plus en plus nombreux

Pour le MEDEF, il faut que la précarisation reste un outil de contrainte, que la peur du chômage, de la « déchéance sociale » empêche les salariés de se servir de la demande d’implication personnelle accrue dans leur travail pour acquérir plus d’autonomie vis à vis de l’employeur ? Ce dernier doit garder le bénéfice que lui donne le droit de propriété, droit d’user et d’abuser de sa propriété. La force de travail doit être achetée aux meilleures conditions. D’où la nécessité de contrôler l’indemnisation chômage et le marché du travail le plus librement possible des contraintes sociales.

Dans cette stratégie de la gestion précaire de la main d’œuvre, le régime particulier de prise en charge de l’emploi discontinu des intermittents est un mauvais exemple pour les autres emplois précaires dont il cherche à réduire les garanties et les coûts ( suppression de l’annexe particulière des intérimaires et aujourd’hui précarisation du CDI avec la « loi Travail »). Tout le monde reconnaît l’inadaptation du système d’assurance chômage à la précarisation sous ses diverses formes, les tentatives d’amélioration comme les droits rechargeables ont montré leur limites ? Et ceci même avec un droit d’option qui n’a mis fin qu’aux effets pervers les plus scandaleux ( il faut une perte de plus de 20 % pour en bénéficier , ce qui contribue à dégrader le niveau d’indemnisation). Tous les précaires qui subissent retards et indus le savent bien, les précaires ne peuvent accéder aux droits dans des conditions normales.

La réponse serait de revenir à un service public qui garantisse l’accès au droit, à une indemnisation qui permette une indemnisation qui permette de vivre, pas de survivre.

C’est exactement l’inverse qui est prévu.

Pôle Emploi aura le droit de retenir des indus même s’il sont contestés par l’intéressé-e

L’article 52 de la « loi Travail » légalise des pratiques de coercition de Pôle Emploi vis-à- vis des chômeur-euse-s que le Conseil d’Etat avait jugé abusives ; ainsi Pôle Emploi aura le droit de retenir des indus même s’il sont contestés par l’intéressé-e. C’est Pôle Emploi qui décide de la sanction et qui se juge lui-même en appel. Le chômeur-euse se voit privé-e du recours à un juge indépendant, il ou elle est abandonné-e à l’arbitraire d’une institution dont la « culture d’entreprise » incite à la rentabilisation de la chasse aux chômeur-euse-s. Ainsi alors que c’est un droit absolu, inaliénable, comme l’a rappelé le Conseil d’Etat, Pôle Emploi sera autorisé à ne pas prendre en compte pour le calcul des allocations les activités qui n’auront pas été déclarées dans les délais fixés arbitrairement par Pôle Emploi (pour lui faciliter la gestion…).

Si on ajoute à cela la dégressivité, outil de contrainte et la baisse programmée des allocations source de précarisation sociale accrue on voit se dessiner une logique autoritaire de la gestion du chômage.

C’est l’utilisation de la contrainte plus ou moins violente sur les chômeur-euse-s pour adapter la force de travail aux nouvelles conditions du Capital et de sa demande de fluidité du salariat. Ceci suppose de faire accepter inéluctabilité d’un travail discontinu ou précaire subi du fait des « contraintes économiques » et de la nécessité de s’y adapter sous peine de devenir un ou une inutile au monde. Et pour garantir cette adaptation sans problème, des mesures répressives sont prévues pour garantir cette adaptation de force et avec le minimum de droits.

J’écris ton nom : Liberté

le régime des intermittents est un contre exemple

Face à ce modèle du capitalisme se libérant des contraintes frontistes et de celles de l’Etat social pour mieux soumettre un salariat qui voit son statut s’affaiblir, le régime des intermittents est un contre exemple : il montre un autre gestion possible du travail salarié en discontinu. Il donne à voir ce que pourrait être une libération du travail, en prenant en compte des périodes intermédiaires entre deux emplois.

Ce régime est né en 1936 pour répondre aux besoins du cinéma qui éprouvait des difficulté à recruter pour la période de confection des films des ouvriers qualifiés, des techniciens (menuisiers, peintres, décorateurs, ensembliers…) Le régime est donc né pour offrir une compensation qui évite que ces salariés préfèrent des conditions d’emploi normales à l’année chez un patron : ils pouvaient travailler pour des films quelques mois et le reste du temps une caisse leur donnait une indemnité pour continuer à vivre et surtout rester disponibles pour des films.

Les salariés du spectacles non permanents sont inclus progressivement dans ce régime devenu une annexe de l’UNEDIC jusqu’en 1969 avec l’intégration des artistes interprètes , puis les techniciens du spectacle vivant.

Ce régime est resté longtemps marginal puisqu’en 1984, il ne garantissait que 9000 personnes. Il a connu une croissance importante par la suite jusqu’à 100 000, mais si le nombre de cotisants sous contrat d’annexe 8 & 10 a augmenté ces dernières années, le nombre d’intermittents indemnisés est resté stable depuis 10 ans. Par contre, ce type d’indemnisation est devenu visible partout et de ce fait dangereux dans la mesure où il s’agit pour une grande part d’un travail discontinu choisi ( bien que ce choix devienne de plus en plus contraint avec la dégradation du régime). C’est ce choix assumé par les interessé-e-s du droit à ne pas dépendre sans arrêt d’un employeur en bénéficiant de garanties qui permettent de vivre, de se former, de perfectionner son savoir-faire hors travail salarié, de faire des prestations bénévoles qui donnent des cauchemars au MEDEF. C’est une conception de la liberté dans et hors le travail qui s’exprime et s’oppose avec force avec la logique disciplinaire de Pôle Emploi.

Une résistance qui ne s’est jamais éteinte s’appuie sur une alternative

Depuis 2006, date des grands mouvements qui ont bloqué les festivals, les intermittents se sont donné une organisation pour défendre leur régime. A diverses reprises, ils ont su créer un rapport de forces : par exemple suite à la mobilisation générale (notamment sur les festivals et dans toutes les régions), Manuel Valls annonce le 24 juin 2014 quatre tables rondes de concertation : elles ont eu lieu tous les jeudis de juillet et se sont prolongées ensuite… Tout ceci a conduit Valls à annoncer la pérennisation du régime contre les pressions du MEDEF : c’est une victoire non négligeable qui s’accompagne de la reconnaissance officielle du mouvement et de ses propositions (nouveau modèle d’indemnisation). Les luttes ont engrangé d’autres acquis, et, malgré la durée, la démobilisation a été limitée ; Car loin de rester sur du défensif – sur des objectifs immédiats limités- les coordinations d’intermittents ont élaboré un projet d’indemnisation qui traduit leurs aspirations et elles s’essayent à l’adapter aux réalités nouvelles. Sans remettre en cause les droits antérieurs, en les développant, ces coordinations ont créé une forme juridique nouvelle au nom d’un certaine conception libératrice du travail, de l’œuvre créatrice.

C’est l’organisation qui a sans doute été le plus loin sur la mise en pratique d’une vision de l’activité professionnelle discontinue parce que diverse. Ce nouveau modèle peut se discuter chacun et chacune peut débattre de son application à l’ensemble des emplois précaires.

L’autre dimension de la lutte des intermittents a été de sortir du cadre de l’activité culturelle pour s’adresser à tous les précaires dans des initiatives communes avec d’autres associations de chômeurs et de syndicats comme le forum « chômeurs, précaires, intermittents : un revenu et des droits pour exister ! » organisé par AC ! les 24 et 25 octobre 2015 ; cette autre dimension se vit aussi au quotidien dans la défense des droits de tou-te-s les chômeur-euse-s comme dans l’action au Conseil d’Etat dont nous avons parlé plus haut.

Il reste un dernière dimension qui oppose frontalement les libéraux aux intermittents, c’est la conception même de l’activité artistique qui oppose une vision de l’art réduit à une marchandise, à sa valeur d’échange économique et une conception de l’art comme acte citoyen dans divers lieux de la cité au delà des entreprises commerciales . Cette différence se traduit concrètement dans les décisions de Pôle Emploi de réserver le bénéfice du statut d’intermittent à des activités dûment répertoriées, étiquetées selon ses propres critères à partir d’une interprétation restrictive du code du travail, Voilà pourquoi Pole emploi a créé un service spécialisé de traque des activités artistiques non conforme. Voilà aussi pourquoi Pôle emploi veut éviter le débat contradictoire face à un juge qui pourrait permettre la requalification des activités non reconnues par Pôle Emploi : il y a eu des jurisprudences défavorables à Pôle Emploi qui préfère éviter le recours au juge et El Khomri lui donne raison.

Au delà des caractéristiques particulières, la lutte des intermittents contre le MEDEF et ses instruments nous concerne tous. Les luttes juridiques des intermittents contre Pôle Emploi ont anticipé la lutte contre la « loi Travail », elles et ils sont aujourd’hui pleinement inscrits dans le mouvement de refus de la « loi Travail ». Plus encore, ce combat qu’ils mènent sur la culture comme valeur d’usage, sur le droit à la liberté, ébauche un autre projet de société dans lequel les autogestionnaires peuvent reconnaître leur projet et leurs pratiques. Il y a des leçons a en tirer mais aussi un soutien à apporter…

Etienne Adam pour Mediapart

Samuel Churin : Appel à la résistance

Appel à la résistance

Samuel Churin : Apple à la résistance
Samuel Churin

Chers amis, je n’ai pas l’habitude de prédire la suppression de l’intermittence mais je peux vous assurer que si nous ne réagissons pas c’est de fait ce qui arrivera. Ce qui s’est passé hier jeudi 24 mars est l’attaque la plus grave portée à ce régime spécifique d’indemnisation chômage depuis bien longtemps. Ce qui est demandé par le Medef et la Cfdt est bien pire que la convention 2014 et son différé d’indemnisation qui avait mis le feu aux poudres.

Rappel des faits

Suite à la convention 2014, Valls prend en charge le différé d’indemnisations des intermittents pour une somme de 80 millions d’euros et en annule les conséquences. Autrement dit, grâce à la forte mobilisation de 2014, aucun intermittent n’a subi cette mesure injuste. Depuis, il a été décidé une mesure dont le but principal a été d’éteindre un mouvement social et surtout de faire la part belle à la communication du gouvernement à savoir :

– Inscrire dans la loi Rebsamen la pérennisation des annexes 8 et 10 ainsi qu’une négociation des futurs accords par les syndicats du secteur

Suite à cela Manuel Valls a pu communiquer sur le thème : les intermittents sont sauvés, les socialistes aiment la culture. Et tout le monde l’a cru, sauf nous.

Pour rappel, nous avons dit depuis le début (reprenez toutes mes publications) :

– Attention, tout ceci est bidon et cette loi est de la pure communication. Seul le titre « annexes 8 et 10 » est « sauvé » mais pas le contenu. Ainsi on pourrait demander aux intermittents de faire 800h en 10 mois pour ouvrir des droits et ce serait compatible avec la loi.

– Les accords négociés par les syndicats du secteur pourront facilement être torpillés pour la raison suivante : c’est le Medef et son partenaire la Cfdt qui fixent le budget !!! Autrement dit Le Medef pourra faire pire qu’en 2014 : supprimer les annexes 8 et 10 sans le dire.

Et bien, tout ce que nous avions prévu est arrivé hier. Le Medef a rendu sa feuille de cadrage, elle a été acceptée par la CFDT et la CFTC. Que dit ce document ?

Les intermittents devront faire 185 millions d’euros d’économies par an pour la convention signée avant juillet et à horizon 2020, 400 millions d’euros d’économies par an ! Rendez-vous compte : ces économies sont bien supérieures au différé d’indemnisation scandaleux de 2014.

Pour rappel encore, Manuel Valls pavanait dans les rues d’Avignon l’été dernier en affirmant (source AFP) : « Aucune nouvelle économie ne sera demandée aux intermittents, ils ne doivent pas servir de variable d’ajustement »

Nous avons tant bien que mal essayé de repousser le pire depuis 13 ans grâce à une forte mobilisation dans les moments critiques. La situation n’a jamais été aussi grave.

J’appelle tous les concernés à se réunir partout au plus vite et à venir très nombreux aux AG d’informations. Nous devons nous organiser pour cela et diffuser le plus largement les lieux et dates des futurs rendez-vous. Votre présence est essentielle. Nous devons lutter par tous les moyens possibles pour éviter une disparition programmée.

Nous avons fait des propositions, participé aux tables, averti des dangers de la loi Rebsamen, annoncé à l’avance ce qui allait se passer. On nous a menti, on nous a répondu avec une morgue infinie, et maintenant on veut nous faire disparaitre en silence.

Ne les laissons pas faire.

D8 condamnée à indemniser une intermittente de Touche pas à mon poste !

La Cour d’appel de Versailles a condamné la chaîne du groupe Canal+ à verser à Sophie Tissier 138.000 euros de rappel de salaires et d’indemnités.

D8 condamnée à indemniser une intermittente de Touche pas à mon poste !
Capture d’écran Mediapart

Décidément, rien ne va plus à Touche pas à mon poste! Le 30 mai 2013, Sophie Tissier avait fait irruption sur le plateau deTouche pas à mon poste! pour dénoncer les conditions de rémunération au sein de la chaîne du groupe Canal+. «Je profite de la présence de Jean-Luc Mélenchon pour faire un petit happening intermittent du spectacle. Beaucoup d’intermittents à D8 sont en difficulté. Le groupe Canal, qui a racheté D8 dernièrement, nous impose une baisse de salaire. Pour ma part, c’est 25 % mais tous les intermittents sont touchés. Alors que le groupe Canal a un chiffre d’affaire de cinq milliards d’euros, je crois. On nous prend à la gorge. J’ai envie de travailler avec vous, mais j’ai envie de gagner ma vie», avait déclaré l’opératrice prompteur en direct sur le plateau du talk-show de Cyril Hanouna qui était en charge d’intégrer principalement les textes de Camille Combal et Bertrand Chameroy.

Plus de trois mois et demi après son intervention remarquée, Sophie Tissier avait lancé une pétition sur Internet, «Touche pas à mon intermittent(e)», après que la direction des ressources humaines de D8 lui ait confirmé qu’elle n’était plus inscrite sur les plannings de Touche pas à mon poste!. «Deux autres productions m’ont annulé des piges en découvrant mon engagement. J’avais simplement dénoncé le fait que les salaires des intermittents avaient été baissés subitement sans aucune concertation alors que nous avions mis en place cette émission d’Hanouna».

Ce 1er mars, D8 a été condamnée par la Cour d’appel de Versailles à verser à Sophie Tissier 138.000 euros de rappel de salaires et d’indeminités. Après deux ans et demi de procédure judiciaire, et près de 3 ans après son irruption sur le plateau du talk-show de Cyril Hanouna, la justice a condamné la chaîne du groupe Canal+ pour abus de contrat à durée déterminée intermittent, licenciement sans cause réelle ni sérieuse, et a jugé illégale la baisse de salaire imposée sans négociations aux intermittents de D8.

De plus, la cour d’appel a également trouvé légitime l’intervention en direct de Sophie Tissier alors qu’elle travaillait sur l’émission phare de la chaîne, et «par laquelle elle dénonçait en son nom et au nom des nombreux intermittents la baisse unilatérale de leur rémunération, alors que la société D8 venait de modifier la structure de sa rémunération (baisse de salaire) sans justification légale et sans accepter de négociation, et que l’animateur de l’émission l’avait autorisée à intervenir».

«Canal+ est réputée pour ultra-précariser les gens» – Sophie Tissier

«Je suis plus que contente. Je suis enfin libérée d’un poids énorme parce que ça a été très difficile. Trois ans de procédure c’est long. J’ai été très attaquée. J’ai toujours lutté contre cette extrême précarité qui nous est imposé. C’est une décision symbolique très importante car D8 était allée tellement loin dans le mépris envers moi et les intermittents et avait tellement cédé à Canal+ qui est réputée pour avoir ce genre de politique salariale, à ultra-précariser les gens, à les jeter du jour au lendemain sans aucune justification, ni discussion», se réjoui Sophie Tissier contactée par téléphone. «En intervenant en direct, j’ai souhaité dénoncer les abus de la précarité du statut des intermittents. Lorsque des boîtes comme D8 ou Canal+ usent et abusent de ce régime et ce type de contrat afin de faire des économies et d’avoir des gens sous pression, c’est pervers et vicieux.»

«Tous les prestataires qui me faisaient travailler pour Canal+, M6, TF1 ou encore des chaînes privées, du jour au lendemain, n’ont plus du tout fait appel à moi», déplore l’intermittente de 37 ans qui a survécu grâce à Internet, des productions anonymes et l’aide de personnes bienveillantes. «Je remercie les rares productions qui ont continué à me faire travailler», ajoute l’intermittente du spectacle qui travaille actuellement pour des émissions du service public comme Complément d’enquête.

Il y a quelques semaines, Julien Cazarre avait révélé avoir reçu des appels téléphoniques répétés et menaçants de la part de Cyril Hanouna. Plus récemment, le magazine Society a enquêté sur l’animateur de Touche pas à mon poste! et pointé du doigt l’ambiance exécrable qui règne en dehors et sur le plateau du talk-show. Des accusations qui n’étonnent pas Sophie Tissier. «Un des mes amis, qui a travaillé un an et demi pour H2O, les attaque aux prud’hommes, témoigne l’intermittente. Il a été sans arrêt humilié, travaillait 70 heures par semaine, sans aucun défraiement. Quand il faisait des réclamations, ils l’envoyaient chier. Ce sont des gens qui n’ont aucune valeur tout simplement!»

« En fait, ce sont des inconscients » – Sophie Tissier

«Un autre de mes amis que Cyril Hanouna a humilié en direct, a fait une dépression et s’est fait jeter par la suite, poursuit Sophie Tissier. En fait, ce sont des inconscients. Au nom de la liberté de rire de tout, ils en arrivent à faire tout et n’importe quoi et à créer des vrais méfaits. Je ne suis pas sûre que Bertrand Chameroy soit si content que ça qu’on lui chie dans les godasses.»

Source : Le Figaro

« Il serait plus efficace de revoir le régime des intermittents »

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Bertrand Martinot, économiste, membre de l’Institut Montaigne

Auteur du livre « Chômage : Inverser la courbe » et ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, Bertrand Martinot estime que le moment serait mal choisi de durcir les conditions d’indemnisation des chômeurs.

Faut-il rétablir la dégressivité des indemnités chômage ?
BERTRAND MARTINOT. Dans un contexte où la France ne crée pas d’emplois, ce n’est pas la réponse adaptée : un certain nombre de personnes basculeraient dans la pauvreté. Le gouvernement a laissé filer le chômage pendant trois ans et là, il faudrait réduire les droits des demandeurs d’emploi sous prétexte qu’on découvre le déficit de l’Unédic… C’est assez surprenant ! Certes, il faut inciter au retour à l’emploi en contrôlant davantage les chômeurs. Je milite pour que Pôle emploi puisse diminuer les allocations en cas de recherches insuffisantes d’emploi, et pas seulement les suspendre pendant quinze jours.

Mais à droite, l’idée de la dégressivité fait également des émules…
Le problème, c’est qu’il faut l’introduire lorsque la période s’y prête. N’importe quel économiste vous le dira : quand le chômage est bas, il faut réduire la générosité de l’indemnisation. Inversement : quand il explose, il faut maintenir un système de protection élevé. Là, le gouvernement voudrait faire exactement le contraire.

Et la dérive financière de l’Unédic, ce n’est pas grave ?
Avec le record historique du chômage, ce déficit est assez normal. Et en soi, ce n’est pas un drame. Ce qui l’est moins en revanche, c’est que l’Etat continue d’embaucher des fonctionnaires à tour de bras. Il y a des milliards d’économies à faire partout, mais pas prioritairement sur l’assurance chômage.

Cela vous surprend-il de la part du gouvernement ?
Que la gauche mène des politiques antisociales, on l’a déjà vu dans le passé. Je rappelle que la dégressivité avait été introduite par Martine Aubry dans les années 1990.

Quelle mesure préconisez-vous ?
Les partenaires sociaux avaient trouvé un accord courageux pour modifier le régime des intermittents. Le gouvernement a voulu l’enterrer… Franchement, dans le contexte actuel, il serait plus efficace de réformer le système des intermittents. Il y a vraiment deux poids, deux mesures : on ne veut rien faire sur les intermittents mais on est prêt à taper sur le tout-venant !

Source : Le Parisien

Fermeture d’ Orchestres.net, le communiqué officiel

Pôle Spectacle prend le relai d'Orchestres.net, une page se tourne !

Pôle Spectacle prend le relai d’Orchestres.net, une page se tourne !

Au cours de ces 15 dernières années, nombreux sont celles et ceux qui avaient pris l’habitude d’utiliser le site Orchestres.net pour la promotion de leurs formations,  ou la recherche d’éléments.

Afin d’assurer la continuité du service, et d’en proposer de nouveaux, Pôle Spectacle prend le relai dès aujourd’hui.

Communiqué de Christian Mense, co-fondateur d’Orchestres.net.

2015, ‘Orchestres.net’ cumule à ce jour au compteur, presque 16 années d’existence et combien de rencontres !
2014, avec Jacques, nous tentions une dernière fois à partir d’une réunion interne de mobiliser et responsabiliser les troupes avec au final un constat : l’évolution de la Profession allait à l’encontre de nos convictions, d’abord sur le plan Humain car le Bénévolat à ses limites mais aussi sur le plan Moral, par la découverte de pratiques qui nous éloignaient de nos valeurs initiales.
Si la fin d’Orchestres.net’ s’avère être une nécessité pour certains détracteurs, rassurez-vous, elle le devenait aussi pour ‘Jacques & Christian’, bien que…

Difficile de renoncer à certaines valeurs dont le respect des 86 476 visiteurs individuels de ce mois de septembre 2015 alors qu’aucun article n’est en ligne depuis 7 mois !

C’est donc de toute évidence qu’un relai s’imposait…
LA NAISSANCE D’UN NOUVEAU SITE : ‘POLE-SPECTACLE.FR’ :
A l’origine, une rencontre qui date de Mai 2005, au travers de l’un de nos écrits autour de Laurent Gleizes, Musicien & Webmaster à l’occasion d’un Article promotionnel pour un logiciel de gestion et de simplification auprès des Intermittents Dekla qui deviendra dans le temps iPresta.

16 Octobre 2015, par l’intermédiaire de Laurent Gleizes,  ‘Orchestres.net’ laisse la place à Pôle Spectacle.

 

 

Pôle Spectacle propose dès à présent une rubrique Annonces (dont 252 Annonces actives via ‘Orchestes.net’), afin de permettre une mise en relation rapide et efficace.
Vous pouvez ainsi échanger des propositions de compétences, de contrats et de matériels.

Jusqu’au jeudi 15 octobre Minuit, ‘Orchestres.net continue de relayer vos annonces sur ce nouveau site que vous apprendrez à connaître progressivement.
Mais, nous vous invitons à vous référencez et à diffuser dès à présent vos Annonces à partir de l’adresse suivante :

POLE-SPECTACLE.FR
LES FONCTIONNALITÉS DE CE NOUVEAU SITE…

Sur POLE-SPECTACLE.FR, la gestion de votre compte, vous permettra de Qualifier vos annonces et de Professionnaliser votre profil.

 

De nombreux services sont à l’étude et vont s’ouvrir progressivement, dont :

– Les Calendriers de disponibilités,
– Les Annuaires qualifiés,
– & dans les tous prochains jours, un ‘Edito’ sous la forme d’un Blog dans le but de valoriser directement le travail des Artistes, Musiciens, Techniciens et des Organisateurs.

Le temps d’un relai, ‘Orchestres.net’ fermera ses portes, l’occasion d’adresser par un dernier Article un gros Merci à tous ceux qui en 15 ans nous ont fait confiance.

‘Orchestres.net’ est Mort, Vive ‘POLE-SPECTACLE.FR‘ !
 

Source : Orchestres.net

@juliainsidetv témoin à charge de l’audiovisuel

Anaïs Maquiné, alias @juliainsidetv vient de lancer un blog et signer un livre sur les coulisses de l’audiovisuel.

Anaïs Maquiné a travaillé durant dix-sept ans dans le milieu de la production télé. Elle vient de lancer un blog et signer un livre sur les coulisses de l’audiovisuel.
Anaïs Maquiné a travaillé durant dix-sept ans dans le milieu de la production télé. Elle vient de lancer un blog et signer un livre sur les coulisses de l’audiovisuel.

À 44 ans, cette journaliste a déjà passé dix-sept ans dans le monde de l’audiovisuel. Elle en connaît les secrets et les méthodes, pas toujours des plus correctes avec ses employés. Ce qu’elle a fini par dénoncer dans un blog @JuliainsideTv et un roman qui vient de sortir.

Quand vous avez commencé le métier, c’était comment le monde de la télé ?

Anaïs Maquiné – Après avoir été rédactrice dans la presse écrite, je suis passée à la télé. C’est la journaliste Isabelle Pelletier (qui avait interwievé Jacques Mesrine, après son évasion de la Santé) qui cherchait une plume pour les lancements de Bataille et Fontaine. Tf1 était alors sous la direction d’Étienne Mougeotte, un journaliste. Puis, j’ai vu arriver des technocrates à la tête des chaînes, qui venaient du bâtiment, de la téléphonie, bref qui ne connaissaient rien au monde de la presse. Tout a changé à ce moment-là. J’ai collaboré aux émissions Ça se discute et Confession intimes. D’abord comme casteuse. On me demandait de porter les préjugés du présentateur ou du producteur. C’est à ce moment que j’ai compris que je ne faisais plus du journalisme.

Vous avez des exemples de “préjugés” ?

Sur un sujet sur la prostitution, un assistant avait trouvé une jolie fille d’un pays de l’Est et qui avait accepté de témoigner. La rédaction a refusé. Pour elle, il fallait une fille un peu vulgaire, presque moche, avec des images tournées de nuit, au bord d’une route dans un bois. Autre exemple, celui d’un sujet sur le mariage forcé. J’avais trouvé une chrétienne originaire d’Algérie que ses parents avaient contraint de se marier. Mais pour le producteur ça ne collait pas. Il voulait une musulmane. Stéréotype d’un dirigeant qui associait cela à une culture arabe.

À partir de quand avez-vous pensé révéler cette façon de faire ?

J’ai d’abord craint de parler dans ce milieu mafieux où règne une certaine omerta. Tout ce qui se passe à la télé reste à la télé. Si on dit quelque chose on est blacklisté et on vous dégage. C’est ce qui vient de m’arriver depuis que j’ai sorti mon roman. Intimidation par voie d’avocat à mon éditeur, pression auprès de Facebook et fermeture de mon compte…

Justement, à travers ce livre est-ce que vous ne réglez pas vos comptes avec la télé ?

Ce n’est pas ce que je cherche à faire et j’espère que ce ne sera pas perçu comme tel. Je ne nomme personne dans mon livre. Je veux seulement dénoncer un système et des conditions de travail.

Mais alors, pourquoi ne vous êtes-vous pas syndiquée, pour dénoncer cette façon de faire ?

Parce que l’audiovisuel fait appel à des boîtes de production qui ne sont plus du champ d’interventions des syndicats de journalistes qui, eux, sont présents sur les chaînes. En production, il n’y a pas de comité d’entreprise. C’est un choix des groupes, pour éviter les affrontements et permettre toutes les dérives en terme de condition de travail.

Vous avez des exemples de conditions de travail ?

Plein, comme déclarer des journalistes sous le statut d’intermittents du spectacle. Cela permet de les déclarer qu’un jour sur deux, pour un véritable temps plein effectué. Le reste du salaire est payé par des indemnités Pôle Emploi spectacle. Je pourrais aussi parler des versements de droits d’auteur. Les boîtes déclarent au Smic et complète en droits d’auteur pour alléger les charges. Dans ce milieu, le droit du travail n’est pas respecté. Si un journaliste ne le dit pas, qui va le dire ?

Propos recueillis par Fabrice CAHEN, pour La Gazette Val d’Oise.

Pour quelques minutes de célébrité, éditions Anne Carrière, sortie le 1er octobre.

À suivre sur Twitter @juliainsidetv et sur le web.

« La culture a fait les frais d’une politique d’austérité »

L’ancienne ministre de la Culture a répondu sur France Info aux regrets de Manuel Valls sur une baisse du budget de la culture les deux premières années du quinquennat en disant qu’elle n’avait pas réussi à infléchir « une politique d’austérité à tout prix ».

L'ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, estime que "la culture a fait les frais d'une politique d'austérité à tout prix" © MaxPPP
L’ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, estime que « la culture a fait les frais d’une politique d’austérité à tout prix » © MaxPPP

L’ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a expliqué sur France Info s’être battue pour infléchir les choix budgétaires du début du quinquennat. « La culture » dit-elle « a fait les frais d’une politique d’austérité à tout prix ». L’actuelle députée de Moselle répond aux regrets exprimés ce dimanche par Manuel Valls à Cannes. Le Premier ministre a estimé que la baisse du budget de la culture au début du quinquennat était « une erreur » et « un mauvais signal ».

« Seule à prêcher dans le désert »

Aurélie Filippetti estime que deux erreurs sont à relever. Une première concerne la gestion du dossier des intermittents. « C’était une erreur » dit-elle « de la part du président et du ministre du Travail, d’avoir laissé passer un accord social signé par les partenaires sociaux prévoyant une mesure inacceptable pour les intermittents« . La seconde erreur à ses yeux a trait aux restrictions budgétaires, qui ont en particulier touché son ministère.

« Ces problèmes auraient pu être évités (…) si j’avais été écoutée à l’époque. Seule à prêcher dans le désert à cette époque. »

L’ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, estime que « la culture a fait les frais d’une politique d’austérité à tout prix ».

« J’ai fini par obtenir en juin 2014 que le budget pour les trois années suivantes soit stabilisé. Désormais Fleur Pellerin peut bénéficier d’un budget stabilisé néanmoins la baisse subie les deux premières années n’est pas compensée. »

« 150 festivals annulés »

L’ancienne ministre de la Culture s’est aussi montrée inquiète pour la saison à venir en estimant que les contraintes budgétaires des mairies ou des régions pèsent toujours sur la culture.

« Même si Manuel Valls reconnait cette erreur aujourd’hui, je constate que l’austérité a continué pour les collectivités locales avec un impact direct sur la culture puisqu’il y a plus de 150 festivals qui vont être annulés parce que les collectivités ne peuvent plus les financer. »Oui, il y a d’autres erreurs a ajouté l’ancienne ministre. « Peut-être qu’un jour que le Premier ministre reconnaitra que fermer les hauts-fourneaux de Florange était une erreur » a-t-elle déclaré.

La députée de Moselle affirme qu’elle s’est battue, « en interne, en contestant les arbitrages budgétaires, en remontant jusqu’à Matignon et même jusqu’au président de la République pour sauver des emplois dans des domaines essentiels du ministère de la Culture ».

Aurélie Fillippetti assure que Fleur Pellerin qui lui a succédé bénéficie grâce à elle d’une situation stabilisée.
Source : France Info