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Et si l’intermittence était l’avenir du salariat ?

Le salariat était parfaitement adapté à l’usine du XXe siècle. Il correspond de moins en moins à l’organisation de la production du XXIe siècle… et aux aspirations de ceux qui travaillent. Sommes-nous prêts à changer ?

Ils sont là, au bord de la mer. Ils discutent de la meilleure façon de faire circuler l’eau tout en évitant ses dégâts. L’un veut bâtir un nouveau muret. L’autre entend au contraire élargir les passages. Un troisième propose un canal provisoire. Le quatrième dessine des écluses. Le cinquième, celui qui a fait l’ENA, propose une mécanique sophistiquée avec des tuyaux, des vannes, des barrières, des compteurs. Le temps, lui, coule sans bruit. Et personne ne voit arriver une énorme vague…

Le chômage est redevenu la première angoisse du peuple

C’est exactement ce qui est en train de se passer en France. Le chômage est redevenu la première angoisse du peuple. Les gouvernants, leurs opposants, les partenaires sociaux d’hier débattent de la meilleure façon de relancer l’emploi. Mais le travail change. Il change en profondeur. Il va changer dans les années qui viennent comme jamais depuis la dernière révolution industrielle. Encourager l’emploi sans voir ce bouleversement à venir, c’est ne pas voir la vague. Ou pour prendre une autre image, c’est fabriquer une robe de fillette en oubliant que la fillette est devenue une ado en pleine croissance.

Depuis l’époque où Eve croqua la pomme et nous chassa ainsi du jardin d’Eden, nous sommes donc condamnés au travail. Un travail qui a pris différentes formes au cours du temps. La cueillette et le travail indépendant de toute éternité, et puis l’esclavage, le servage, le fermage, l’artisanat, le métayage… A partir du XIXe siècle, le salariat commence à s’imposer. Ce n’est pas par hasard : il répond parfaitement aux exigences de la production industrielle, qui devient dominante dans la première moitié du XXe siècle. Des ouvriers payés pour effectuer une tâche répétitive, définie, avec une rémunération et une durée fixées au préalable, dans un lieu donné (ce qui, au passage, facilitait l’organisation des grèves). Le travail s’inscrit alors dans un « emploi », dont les conditions s’améliorent au fil des gains de productivité et des luttes sociales, ou se dégradent lors des crises.

Sauf que la production, elle, a complètement changé. La proportion d’ouvriers dans la population active a chuté de moitié en un demi-siècle, tombant à 20%. L’industrie fait à peine plus du dixième de l’activité. La production matérielle et les tâches répétitives sont de plus en plus souvent accomplies par des machines. Les entreprises ne fonctionnent plus du tout de la même manière : leurs frontières sont mouvantes, elles sollicitent davantage des ressources extérieures avec les technologies de l’information, elles forment des équipes au gré de leurs projets pour quelques jours ou quelques mois, elles n’ont plus besoin d’avoir tous leurs employés sur place.

Plus de 2 millions d’hommes et de femmes exercent plusieurs activités

Salariat
Eyrolles – Sociétal 2015

Dans l’ouvrage collectif « Sociétal 2015 », paru chez Eyrolles, Denis Pennel va jusqu’à poser la question : « Vers la fin du salariat ? ». L’interrogation de ce fin observateur du monde du travail, directeur général de la confédération mondiale des agences d’intérim, peut paraître précoce dans un pays qui compte dix fois plus de salariés que d’indépendants (24 millions contre 2,6 millions). Mais le modèle est moins monolithique qu’il n’y paraît. Un salarié sur trois n’est pas en CDI, le contrat typique de l’ère industrielle. Un salarié sur deux travaille parfois le samedi. Plus de 2 millions d’hommes et de femmes exercent plusieurs activités (salarié et non salarié, multi-employeurs, etc. ). A en croire les chiffres publiés récemment par l’Insee, le nombre d’indépendants a progressé l’an dernier tandis que le nombre de salariés a diminué. Aux Etats-Unis, un actif sur quatre n’est pas salarié.

« Les chômeurs n’ont qu’à créer leur emploi » – Raymond Barre en 1978

Cette montée (ou plutôt cette remontée) du travail indépendant est souvent présenté en France comme un choix par défaut, voire un terrifiant recul social. « Les chômeurs n’ont qu’à créer leur emploi », avait lancé le Premier ministre Raymond Barre en 1978. Mais beaucoup d’hommes et de femmes aspirent à travailler autrement. Un sur deux aimerait travailler à la maison. Les deux tiers des salariés à temps partiel disent l’avoir choisi. Et beaucoup de ceux qui ont quitté le salariat affirment qu’il n’y reviendraient pour rien au monde, même s’ils comptent souvent davantage leurs sous et moins leurs heures.

le régime des intermittents du spectacle pourrait bien préfigurer l’avenir de l’assurance-chômage

Cette formidable mutation du travail soulève bien sûr des myriades de questions. D’abord, il y a les abus. Ensuite, il y a les difficultés des peu qualifiés à s’organiser dans ce monde nouveau, à prendre en main leur destinée, et le stress généré par une instabilité professionnelle plus grande. A l’échelle collective, toute la protection sociale est fondée en France sur le postulat d’une population employée à temps plein dans le même cadre. Le passage du privé au public, ou du salariat au travail indépendant, est par exemple sanctionné par une retraite sérieusement amputée. A condition d’être rééquilibré, le régime des intermittents du spectacle pourrait bien préfigurer l’avenir de l’assurance-chômage… Se pose aussi la capacité des entreprises et de leurs dirigeants à passer réellement au management par projet, à susciter la loyauté chez leurs salariés, à basculer d’une exigence de moyens (présence sur place) à une exigence de résultats (tâche réellement accomplie), à exprimer leur reconnaissance du travail. Il y a enfin un formidable défi pour les politiques, qui devront adapter le cadre légal et réglementaire au travail de demain comme ils l’ont fait pour le travail d’hier.

Ils discutent toujours sur la plage. La vague avance toujours. Elle risque de les submerger. Et nous avec ?

Jean-Marc Vittori – Les Echos

Entretien avec Kenny Serane

Kenny Serane
Kenny Serane

Bonjour Kenny, pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, pourrais-tu nous présenter l’historique de ton travail ?

Je suis guitariste, compositeur et intermittent du spectacle depuis 15 ans maintenant.

J’ai signé et enregistré mes guitares sur une cinquantaine d’albums.

Je suis également ambassadeur français des guitares Lâg et endorsé par de nombreuses marques de l’industrie musicale comme Guitar Pro, Two Notes, Neck Diagrams ou Lehle.

Depuis 2012, je co-organise la plus grande compétition de guitare en ligne au monde: « The French Guitar Contest » invitant des artistes comme Norbert «Nono »  Krief (Trust), JM Kajdan (E. Mitchell, A. Souchon, etc.), Patrick Rondat ou Stephan Forté.

Rainbowmaker par Kenny Serane
Rainbowmaker par Kenny Serane

Mon dernier album, Rainbowmaker, est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement.

Quelle est ta relation avec l’intermittence ? As-tu des réflexions particulières, astuces, ou suggestions qui pourraient améliorer le régime actuel ?

C’est un statut à la fois difficile et précaire, mais également fantastique pour les artistes.

De part la diversité des activités qui découlent de ce statut, il est souvent complexe de l’adapter à tous. Un artiste du cirque n’aura pas les mêmes attentes et conditions de travail qu’un musicien. Par conséquent, énormément d’intermittents sont restés sur le carreau lors de la réforme de 2003.

Le système évolue et nous sommes obligés de suivre quoi qu’il arrive, ce qui modifie notre façon de voir les choses.

Tu utilises iPresta pour la gestion de ta carrière. Pourrais-tu nous dire ses atouts et comment cette application s’intègre dans ton quotidien ?

Je peux dire que depuis iPresta, je prévois beaucoup mieux la fin de chaque dossier.

Les droits étant flexibles suivant les cachets effectués, le logiciel propose une vision claire, d’une part du travail accompli, et d’autre part des heures restantes pour prétendre à un futur renouvellement.

Il permet également de retrouver les informations de chaque déclaration et frais réels, très utiles pour la déclaration d’impôts, par exemple.

Sur quels projets travailles-tu actuellement ?

J’essaie toujours de mener des projets différents sur une même période, cela coupe la monotonie ou le manque d’inspiration.

Je prépare mon nouvel album, l’écriture prend du temps.

Karaolive avec Kenny Serane
Karaolive

J’évolue egalement dans plusieurs groupes, dont le Karaolive, un concept peu repandu, qui propose aux chanteurs en herbe de monter sur scène avec un vrai groupe qui les accompagne. Du karaoké, mais sans le coté ringuard que l’on peut lui trouver et une plus grosse dose de fun !

Aurais-tu une petite exclusivité à partager avec nous ?

Je vais retravailler sur de nouvelles videos pour du matériel musical et mon propre univers, avec de meilleurs moyens et encore plus de créativité. C’est pour bientôt !

Peut-on te voir sur scène ? Si oui, où et quand ?

Je suis très actif dans la région du grand sud pour les concerts.

Ma page Facebook ou mon site internet permettent d’avoir toutes les infos des prochaines dates, mais egalement des démonstrations produits.

As-tu un site web, une page Facebook ou autre réseau social ?

Facebook – Site web – Twitter

Merci Kenny !

Interview réalisée par Laurent Gleizes

Penser l’ intermittence autrement, par Samuel Churin

Samuel Cherin, au sujet de l' intermittence
Samuel Churin

Chers amis,

Vous trouverez ci-dessous le texte lu hier le 11 février 2015 lors de la dernière plénière de restitution du rapport issu des tables de concertations devant Manuel Valls, Fleur Pellerin et François Rebsamen.

Comme vous pourrez le constater, non seulement rien n’est gagné mais il y a danger.

Tout d’abord ce n’est pas parce que nos propositions sont jugées crédibles qu’elles seront adoptées, on en est loin. Ensuite la pérennisation des annexes 8 et 10 dans la loi est un effet d’annonce qui n’empêchera pas la diminution de nos droits, bien au contraire.

La nouvelle proposition de négociation par les syndicats représentatifs du secteur (sans la participation de la CIP) est pipée d’avance si, comme il est affirmé, les confédérations fixent en amont le budget. Un budget en diminution signifiera toujours plus de précarité et moins d’intermittents couverts.

Lors de cette dernière plénière, JF Pillard (chef de la délégation du MEDEF lors des négos Unedic) a très clairement dit que ce sont les confédérations (donc le MEDEF !) qui fixeront le cadre des négos du secteur.

Pour finir, sachez que Manuel Valls n’a pas apprécié le passage sur Jamel Chaar et encore moins le mot « obscénité » pour qualifier les déclarations d’octobre de Rebsamen sur le contrôle des chômeurs.

En plus de ce texte, j’ai rappelé que les tables avaient été mises en place grâce à la lutte. Au sujet des contrôles, j’ai pris pour exemple les intermittents des cies régulièrement épinglé dans leurs pratiques d’atelier alors que ces pratiques étaient de plus en plus réclamées par l’état et les collectivités territoriales.

En fin d’intervention, en réponse à Valls qui dans son intro nous avait fait le sempiternel complet sur la fraude, j’ai cité le cas d’une amie en procès depuis 1 an et demi pour requalifier en CDI les CDD faits pendant des années à Radio France et j’ai conclu : c’est l’état qui dans ce cas pratique la fraude.

Pour finir, je voudrais insister sur le fait que tout ceci est un travail collectif. Ainsi Recours Radiation (Rose-Marie Péchallat est intervenue à toutes les tables), les matermittentes , la CIP avec en particulier toute l’équipe du groupe CAP (Conséquences d’application du protocole) assurent des permanences toutes les semaines, décryptent les accords et ce qui s’y cachent.

Un immense travail COLLECTIF fait par toutes les régions réunies régulièrement en coordination nationale a été effectué depuis 11 ans. Nous avons marqué quelques points, nos expertises sont enfin reconnues comme justes, continuons à travailler ensemble pour que le mot justice sociale devienne réalité.

Samuel Churin

Penser l’ intermittence autrement

Ces tables de concertations ont mis en avant une grande partie des dysfonctionnements de l’assurance chômage. Ce mot « dysfonctionnement » signifie concrètement, pour le chômeur, toujours plus de précarité et de pauvreté. Oui, tous ces problèmes conduisent à des drames dont nous pouvons mesurer l’ampleur, grâce aux permanences de conseil aux premiers concernés que nous avons mis en place sur tout le territoire. Pour résumer en une phrase l’ampleur de la mission : notre société n’est pas du tout adaptée à la discontinuité de l’emploi, toutes les règles sont élaborées pour l’emploi permanent. Actuellement, 86% des embauches se font en CDD, le nombre de chômeurs à activité réduite (catégories B et C) a explosé et 6 chômeurs sur 10 ne sont pas indemnisés. Il est donc urgent d’arrêter de mentir avec les mots « plein emploi », pour enfin assurer une réelle continuité de revenus pour tous.

Il faut réformer profondément le système de protection sociale afin de l’adapter à toutes formes d’activités discontinues. Prenons l’exemple du dossier “congés maternité ». Vous avez décidé de baisser le seuil de 200 à 150 heures à effectuer dans les 3 derniers mois précédant le congé. Ce toilettage, ne règle en rien le vrai sujet : à droit ouvert égal, être enceinte un jour de l’année plutôt qu’un autre a des conséquences terribles, selon les cas. Pour certaines, le congé sera couvert par la sécurité sociale et par l’assurance chômage, pour d’autres, non. Cela est discriminatoire !

Pôle Emploi et le GUSO ne doivent plus être des zones de non-droit. Pour ne prendre que deux exemples : Pôle Emploi a décidé de ne plus prendre en compte les heures de répétitions dans le cadre d’atelier de création artistique. Les œuvres répétées doivent être préalablement écrites et suivies de représentations publiques. Ainsi, bon nombre d’artistes voient-ils basculer ces heures au régime général. Pourquoi ? Personne ne peut le dire ! Le GUSO applique des nouvelles règles au cas par cas. Ainsi, des chanteuses lyriques se produisant dans une église ont-elles vu leurs heures refusées sous le prétexte que le public dans une église n’était pas un vrai public ! Autre exemple : du théâtre en appartement déclaré en bonne et due forme n’a pas été comptabilisé, parce que le cachet avait été versé en liquide ! Ce n’est pas à Pôle Emploi de décider ce qui relève du champ artistique ou non ! Pour invalider toutes ces mesures hors-la-loi, il faut abolir toutes les directives internes, tous les modes opératoires, qui n’ont aucune valeur en droit.

De plus, nous le répétons encore une fois : nous ne sommes pas une réserve d’indiens ! Vous persistez à séparer les intermittents du spectacle du reste des chômeurs, alors qu’il y a une réelle porosité avec le régime général. Ne pas se pencher sur les règles de coordination entre le régime général et les annexes continuera à engendrer des inégalités de traitement aux lourdes conséquences. Dans la même logique de division, vous vous évertuez à vouloir séparer artistes et techniciens. Dans le rapport, la seule réelle prise de position concerne le refus de l’annexe unique : c’est une erreur majeure. Elle est, au contraire, indispensable ! Les statistiques Unedic montrent à quel point bon nombre d’intermittents déclarent des heures dans l’annexe 8 ET dans l’annexe 10. Votre raisonnement sur le volume d’heures plus important dans l’annexe 8 est irrecevable : demandez à un technicien qui fait du trucage vidéo s’il est facile de faire ses heures, alors que cette activité subit une délocalisation généralisée dans des pays qui pratiquent le crédit d’impôt. La discussion sur la liste des métiers n’a pas lieu d’être : c’est la pratique d’emploi qui devrait être retenue comme seul critère. Pourquoi deux intermittentes n’auraient-elles pas les mêmes droits ? Parce que l’une est pigiste et que l’autre joue du Racine ?

Vous préconisez une loi pour pérenniser les annexes 8 et 10. Mais, votre proposition ne sauvegardant que l’étiquette, rien n’empêchera le Medef de les supprimer. Nous le savons bien, puisque c’est ce qui vient de se passer pour l’annexe 4 des dits « intérimaires », qui a été vidée de son contenu lors de la dernière convention, et dont seul le titre a été maintenu. Pour rappel, en 2004, François Hollande était au premier rang pour nous applaudir lors de la conférence de presse du Comité de suivi, tout le groupe socialiste à l’Assemblée nationale avait signé nos contre-propositions, une PPL avait été déposée avec un fléchage de date anniversaire sur 12 mois. M. Rebsamen a signé ces mêmes propositions 2 semaines avant d’être nommé ministre du travail. Pourquoi les promesses d’hier ne sont-elles pas tenues ?

Les annexes doivent pleinement rester dans la solidarité interprofessionnelle. Ainsi, il est inacceptable que les confédérations fixent un budget en amont de la négociation avec les syndicats du secteur. C’est acter la notion de budget à part, donc de caisse à part, et de déficit à part. Les 110 000 intermittents du spectacle ne coûtent pas plus chers qu’une moyenne de 110 000 chômeurs. Il faut cesser la stigmatisation et penser à des mesures justes et adaptées aux situations particulières plutôt qu’à des schémas qui s’apparentent à une caisse autonome. Ce n’est pas le budget qui doit guider les négociations, mais les besoins.

Avec notre modèle d’indemnisation, nous avons fait la preuve que l’on pouvait couvrir les plus précaires en dépensant moins. Pour la première fois, l’Unedic est forcée de reconnaître que nos propositions ne sont pas plus coûteuses. Un modèle vertueux peut être mis en place. Ces tables auront permis de démontrer, une bonne fois pour toutes, que la réforme de 2003 n’a pas été économique -puisqu’elle coûte plus cher-, mais idéologique.

Par ailleurs, tous les chômeurs doivent bénéficier immédiatement du renouvellement de droits anticipés. En effet, la nouvelle disposition -qui les oblige à aller à épuisement de leurs droits- est catastrophique. Contrairement à ce qui est dit, les nouvelles règles -concernant l’activité « reprise » couplée aux droits rechargeables- sont une régression, et non pas un progrès. Pour rappel, cette règle avait été imposée en 2003 pour les annexes 8 et 10. Suite aux conséquences désastreuses que cela engendrait, une circulaire avait permis d’accorder à tous les intermittents du spectacle de pouvoir renouveler leurs droits à n’importe quel moment. Comment une mesure considérée, à juste titre, comme néfaste pour les intermittents du spectacle a-t-elle pu être mise en place pour les chômeurs à activité réduite ? Combien de fois faudra-t-il répéter qu’un intermittent du spectacle est un chômeur à activité réduite ?

De plus, un rapprochement des AEM émises par les employeurs et celles transmises par les salariés tous les mois doit permettre de vérifier la cohérence des déclarations et de rectifier celles qui seraient tardives, erronées, ou omises, sans pénalités ni sanctions. Or, le principe actuel est une double peine : on ne prend pas en compte les heures de travail mal déclarées ou déclarées tardivement pour l’ouverture de droits, mais on les valide pour réclamer des indus. C’est la raison pour laquelle Djamel Chaar s’était immolé par le feu devant une agence de Pôle Emploi. Combien de Djamel Chaar faudra-t-il pour que cette mesure de bon sens soit prise ?

Ces tables de concertations ont prouvé que bon nombre d’organisations exclues du dialogue paritaire avaient leur mot à dire et des propositions viables. Redéfinir les règles de la gouvernance de l’Unedic et penser un « dialogue social » élargi sont les seuls moyens d’assurer une véritable démocratie, dans laquelle les premiers concernés seraient réellement représentés. Il est anormal que le MEDEF ait un droit de veto sur toutes les décisions. Le travail sur les chiffrages des différents modèles d’indemnisation est positif. Mais, pourquoi cela n’a-t-il pas eu lieu à chaque fois ? Pour les intermittents du spectacle, cela aurait évité la réforme totalement inutile de 2003 et, pour l’ensemble des chômeurs, les catastrophes annoncées de la convention 2014.

À l’heure où la flexibilité est réclamée partout, il est urgent de penser l’intermittence de l’emploi autrement, afin d’assurer une continuité de revenus pour tous. Pour cela, il faut repenser le système dans sa globalité : les règles doivent être adaptées aux contrats courts, les chômeurs ne doivent plus être stigmatisés comme des fraudeurs, les mots « contrôles » et « abus » étant des présupposés qui fragilisent toujours les plus pauvres. Ainsi, les dernières déclarations de M. Rebsamen sont-elles obscènes. Dans la plupart des cas, le chômeur contrôlé voit son indemnisation coupée a priori car Pôle Emploi applique la présomption de culpabilité. Et pour ceux qui veulent faire valoir leurs droits, une longue bataille juridique commence : en fin de compte, ils sont, en grande majorité, réintégrés car tous ces contrôles se font au mépris du droit le plus élémentaire. Mais, à quel prix ?… Vous devez lire le rapport du Conseil National de Lutte Contre la Précarité et l’Exclusion, organisme dépendant du Ministère du travail, et présidé par Etienne Pinte. Il y est écrit que tous ces contrôles sont une catastrophe et il se conclut par « Il est urgent de passer d’une société de défiance à une société de confiance ». Puisse-t-il être entendu…

Entretien avec Stéphane Boutinaud

 

Stéphane Boutinaud
Stéphane Boutinaud

Bonjour Stéphane, pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, pourrais-tu nous présenter l’historique de ton travail ?

Bonjour Laurent, je m’appelle Stéphane Boutinaud, je suis musicien professionnel depuis 1991. J’ai la chance d’avoir un père musicien, Tony Bram’s, qui m’a vite expliqué comment marchait ce métier. Il m’a enseigné ses rouages ainsi qu’une discipline de travail. Je le remercie encore car cela m’a évité pas mal de mauvaises expériences et fait comprendre très tôt que ce métier serait difficile.

J’ai donc travaillé chez lui, mais aussi chez d’autres avant et après.

Suite à mon apprentissage de « simple soldat » entre 1991 et 2000, je suis devenu directeur musical de l’orchestre « Les Méditerranéens » durant 7 ans, entre 2000 et 2005.

En 2005, j’ai déménagé à Paris. J’ai suivi le cursus du Centre des Musiques Didier Lockwood (CMDL) durant 3 ans, puis celui de la Bill Evans Academy, durant 3 ans, pour perfectionner mon piano.

Stéphane Boutinaud
Stéphane Boutinaud

Depuis que je suis sur Paris, j’ai travaillé, pour les plus connus, 5 ans en tant que Directeur Musical de Roger Louret, effectué 2 tournées avec Hugues Aufray, la comédie musicale « The Full Monty », la comédienne Alka Balbir, accompagné Thomas Dutronc chez Michel Drucker, l’enregistrement des deux séries « Platane » d’Eric et Ramzy diffusées sur Canal+. Ainsi que sur d’autres projets tel que le tribute à King Curtis « Les Pi-Honkers », le mondial du Cirque de Demain, le quartet de la chanteuse afro américaine Jo Ann Pickens, le Cirque Baroque, etc…

J’ai aussi fait la musique du One Woman Show d’Angelique Panchéri en 2013.

En 2011 j’ai monté mon propre groupe de jazz : « All in Jazz ». Nous avons 2 albums à notre actif.

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Depuis Mars 2014, je m’occupe d’un site de cours de batterie en ligne sous forme de blog qui s’appelle Apprendrelabatterie.com.

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Quelle est ta relation avec l’intermittence ? As-tu des réflexions particulières, astuces, ou suggestions qui pourraient améliorer le régime actuel ?

J’ai toujours eu un peu de mal à attendre la « becquée mensuelle » des Assedic pour pouvoir assumer ma vie. Je culpabilise toujours de cette subvention que tout le monde critique ou nous envie. Quand j’étais à Montpellier, rappelles toi, nous partions nous enfermer des semaines aux Menuires (Savoie) pour bosser, alors que les Assedic nous auraient suffit.

Plus tard j’ai eu la chance de rencontrer des musiciens étrangers qui étaient tous ébahis par notre système. Certains, d’ailleurs s’installent en France pour cela, alors que le contraire est souvent bien plus difficile.

Me concernant, j’ai en permanence cherché à travailler plus pour éviter d’attendre après. Malgré cela, il y a des mois où si je n’avais eu ce statut cela aurait été bien plus difficile. Vivant à Paris de surcroit.

Beaucoup de gens ont aussi profité de ce système, ce qui était assez désagréable quand à coté certains se défonçaient pour fournir un travail de qualité sans compter les heures. On était bien en galère avec ça quand j’étais chez « Les Meds », coutant plus cher que certains, pour le même nombre de musiciens.

En quinze ans beaucoup de choses ont bougés. Intermittent est maintenant un statut où l’on gagne peu d’argent en travaillant beaucoup.

Pour la plupart, le taux journalier avoisine le SMIC alors que j’ai connu des années où l’on était bien au-dessus de cet indice.

Sur cette dernière année, dans mon entourage, beaucoup de musiciens affirmés ont ainsi perdu leur statut faute de travail, ce qui fait fortement réfléchir.

De plus, quand on est un artiste, vouloir s’émanciper de la « facilité musicale » est pour beaucoup un but. Malgré ce statut, cette action a très souvent un prix : celui de la misère. Ce statut a toujours aidé plus facilement les gens faisant du « cover », que les vrais créateurs. Ce qui est quand même un paradoxe dans un métier d’art comme le notre.

Les salaires sont aussi en chute libre et nous, musiciens, n’y sommes pas pour rien. Pour gagner sa vie et sauver sa peau d’intermittent, on accepte souvent tout et n’importe quoi.

Alors te dire comment améliorer un système alors que le pays à l’air d’être sec complet et que droite et gauche n’ont pas l’air de pouvoir faire grand chose pour redresser la barre économique, je n’en ai aucune idée et surtout pas les compétences.

J’ai malheureusement l’impression qu’il faut repartir à zéro et rebâtir tout ça avec des gens responsables.

Tu utilises iPresta pour la gestion de ta carrière. Pourrais-tu nous dire ses atouts et comment cette application s’intègre dans ton quotidien ?

J’utilise iPresta car c’est le premier logiciel qui simplifie vraiment la gestion de ma vie d’intermittent.

Que cela concerne les déclarations mensuelles, l’historique de mes cachets ou les employeurs avec lesquels j’ai travaillé, je peux tout voir précisément listé devant mes yeux et faire des comparatifs de prix, de période, de salaire, etc.

Il est très facile par exemple de retrouver avec qui j’ai travaillé et quel jour de l’année en cas de problème ou tout autre question sans avoir à ouvrir le dossier papier de telle année et chercher durant 30 minutes.

La vue en temps réel des heures effectuées et le calcul de son taux journalier est aussi quelque chose de très pratique pour connaître l’avenir dans un métier où l’on ne sait de quoi demain sera fait.

On peut aussi utiliser les périodes de référence et combiner certains filtres pour voir l’évolution de son travail avec les différents employeurs, le type d’activités, voir les dates payées ou non, etc…

Précisément, iPresta m’apporte une aide précieuse concernant la gestion et l’analyse de mon activité de musicien.

Sur quels projets travailles-tu actuellement ?

Quand je ne suis pas en répétition ou à mon local pour travailler l’instrument, je travaille essentiellement sur mon groupe de jazz. Nous avons cette année fait 20 dates et j’aimerais accroitre la chose. Je gère les arrangements musicaux, les musiciens, le site internet, le démarchage, les clients, les papiers des musiciens, etc.

Sinon je travaille sur mon site de cours de batterie en ligne. L’enregistrement et le montage vidéo sont encore un domaine dans lequel je débute…  Malgré tout, il y a 160 membres et je pense prochainement sortir une formation vidéo pour les débutants. Ce site est une communauté dont les membres me posent des questions auxquelles je réponds soit via des vidéos, soit derrière l’instrument, soit derrière mon écran.

Aurais-tu une petite exclusivité à partager avec nous ?

Ecoute, on est le 22 décembre 2014, je viens juste de faire la dernière date de la tournée « Troubadors » d’Hugues Aufray. La prochaine se fera avec 2 musiciens en moins pour cause économique alors qu’on fait en moyenne 1000 personnes sur la France entière.

Stéphane Boutinaud et Hugues Aufrey
Stéphane Boutinaud et Hugues Aufrey

Ca fait 4 ans que je joue Bob Dylan dans tous les sens et partout avec certainement un des artistes les plus sincère que j’ai rencontré, accompagné de musiciens qui ont croisé les plus grands. J’ai joué des « Zenith » aux petits théâtres de 400 places, en France, en Suisse, en Allemangne et même au Francofolies de Montréal avec lui.

En 2010, j’ai eu l’occasion de faire un DVD live à Montreux avec lui et 500 Choristes. La grande nouvelle est qu’il y a l’album live de la tournée « Troubadors » qui devrait sortir prochainement.

Je t’avoue que je suis content d’avoir fait cela et que je peux rentrer à Masclat (Lot) plus sereinement qu’il y a quelques années.

Je remercie encore Franck Ridacker de m’avoir mis sur le coup et fait confiance car sans lui tout cela ne ce serait pas produit.

Peut-on te voir sur scène ? Si oui, où et quand ?

Concernant Hugues Aufray, nous serons à Albi (Tarn) le 8 juillet 2015 et à Paimpol (Côtes-d’Armor) au festival du chant marin le 14 aout 2015.

Les dates d’All in Jazz prévues sur 2015 sont toutes privées donc je ne peux te les annoncer.

As-tu un site web, une page Facebook ou autre réseau social ?

Mon site perso : http://www.stephaneboutinaud.net

Le site d’All in Jazz : http://groupe-de-jazz.net

Le site de cours : http://www.apprendrelabatterie.com

Je suis également sur Facebook.

Merci Stéphane !

Interview réalisée par Laurent Gleizes

Bernard Laporte et les « intermittents du spectacle »

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A l’issue du récent match de rugby de Top 14, opposant Toulon à Lyon OU, l’entraineur du RCT a effectué une drôle de comparaison avec les intermittents du spectacle.

« On a fait une première période catastrophique. Une bouillie de rugby… À partir du moment où on a mis les bons ingrédients, à savoir l’engagement et la détermination, on a retrouvé notre rugby. Les joueurs ont atteint l’objectif, la victoire bonifiée, en quarante minutes. On a été des intermittents du spectacle, mais il ne faut pas minimiser la performance de Lyon. »

Un point sur les concertations, par Samuel Churin

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Samuel Churin

Mi-octobre, nous avons donné nos contre-propositions à chiffrer lors d’une réunion de travail avec les experts.

Elles sont en train d’être étudiées, les experts indépendants JP Guillot et Mathieu Grégoire devront veiller à ce que toutes les étapes d’une démarche scientifique juste et incontestable soient respectées.

Aujourd’hui 30 octobre, une plénière sur l’architecture du régime (chiffrage des différentes propositions) a eu lieu comme d’habitude au conseil économique et social.

Cette réunion a marqué un clair retour en arrière. La CFDT avait envoyé Véronique Descacq pour ne laisser aucune fenêtre possible de renégociation ou même d’avenant.

Lors de la table ronde du 17 juillet sur le même sujet, la fédé spectacle CFDT avait fait plusieurs pas, demandant notamment « un audit » (je cite) sur ce qu’ils avaient signé en ajoutant : « nous aussi, on veut savoir ! ».

Les syndicats signataires se disaient prêts à étudier les propositions alternatives. La réunion d’aujourd’hui a marqué un retour à la case départ : à savoir la première réunion du 3 juillet, insultes en moins.

Nous sommes « admis », CFDT et FO nous répondent, mais ferment la porte à toute modification sur le régime d’indemnisation et renvoient à la négociation de 2016. La lutte sera nécessaire pour que nos propositions soient entendues.

Le prochain rdv sur le chiffrage sera en bilatérale avec les experts le 24 Novembre. Nous aurons une première idée de l’évaluation chiffrée de notre modèle d’indemnisation.

Guillaume de Tonquédec : « Je reste un intermittent du spectacle ! »

Le comédien et star de la série « Fais pas si, fais pas ça » sur France 2 était l’invité du « Grand Oral des GG » sur RMC.

Au micro des GG, l’acteur a défendu le régime des intermittents du spectacle dont il fait parti. Un système que le Medef veut modifier.

Selon lui, tel qu’il existe, il est encore générateur d’emploi.

Une position que Guillaume de Tonquédec revendique même s’il avoue avoir fait le choix de ne plus profiter de ce régime : « Je ne réclame plus mes indemnités pour des raisons personnelles », assure-t-il.

http://rmc.bfmtv.com/mediaplayer/video/guillaume-de-tonquedec-je-reste-un-intermittent-du-spectacle-338582.html

Source : RMC

Etat des lieux, par Samuel Churin

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Samuel Churin

Beaucoup nous demande : « On en est où ? ». Question courte mais la réponse pourrait prendre des heures. Pour résumer : Valls met en place une « concertation » censée mettre à plat le régime de l’intermittence. Quatre tables rondes sont organisées au mois de juillet, nous y participons de manière offensive, mettant en avant nos propositions.

Plusieurs points essentiels sont abordés :

– Pôle Emploi et Pôle Emploi Service sont des zones de non droit. Des dossiers sont bloqués sans preuve, les chômeurs stigmatisés et considérés à priori comme des fraudeurs, des contrôles mandataires exercés sur les plus faibles structures sans aucune raison objective, tout est fait pour priver de droits les 4 chômeurs sur 10 encore indemnisés

– Le GUSO n’échappe pas à ce constat : des règles inventées au quotidien pour que des heures travaillées et déclarées ne soient pas comptabilisées dans les 507 h

– Nous voulons des droits pour les congés maternité et maladie, des règles adaptées à la discontinuité

– Nous voulons un modèle d’indemnisation redistributif, mutualiste et non assuranciel. Pour rappel ce sont les exclus du régime qui financent les assedics versés aux salariés à haut revenus. Pour cela, revenir sur un principe de date anniversaire, 507 h, 12 mois. Nous demandons à avoir les chiffres de l’unedic, que les simulations soient vérifiées par nos experts. Pour cela, travailler à partir des fichiers source est indispensable. Sinon nous subirons toujours les mensonges des publications de l’Unedic qui, je le rappelle, est au service du Medef

– Nous avons remis en cause ce paritarisme. Il faut le crier haut et fort : le dialogue social dont on nous parle tous les jours n’existe pas : le Medef a 50% des voix, aucun accord ne pourrait être signé sans lui. Il a donc de fait un droit de Veto. Pas étonnant que tout se passe dans ses locaux selon sa feuille de route.
Suite à cela, il est décidé de reprendre à la rentrée sous forme de table de travail. Le 18 septembre nous étions invités à participer à 2 « ateliers » en parallèle :

– Protection sociale : Congés maternité, maladie, retraite
– Rapports avec Pôle emploi, Pôle emploi service, guso
Nous avons décidé de mandater celles qui avaient le plus travaillé ces questions à savoir :
– Collectif « les matermittentes » pour l’atelier sur la protection sociale
– Recours Radiation (association d’aide aux chômeurs) pour l’atelier Pôle emploi

Une fois de plus, ces ateliers ne sont pas du tout à la hauteur de l’enjeu. Nous avons d’abord demandé à ce qu’ils soient prolongés, comment évoquer tous les problèmes en 3 heures ? Et bien non, on en restera là. Pour résumer, il n’y a absolument aucune volonté de régler tous ces problèmes. Ou plutôt on cherche à colmater des énormes entailles avec du sparadrap. Les éléments de réponse éventuellement apportés sont inacceptables, des micro mesures par ci par là. Nous n’avons toujours pas les fichiers de l’Unedic, et lorsqu’il est demandé à Jean-Patrick Gille : « Peut-on savoir quand la comparaison des modèles d’indemnisation aura lieu, sur quelles bases, avec quel fichier ? », sa réponse est « Je n’ai pas à répondre à vos injonctions ». De plus, nous allons clairement vers un petit toilettage pour éteindre le feu : le différé d’indemnisation annulé et financé par l’état provisoirement sera certainement prolongé. Il faudra anticiper cette fausse bonne nouvelle. Nous aurons à rappeler que le problème de fond n’est pas du tout celui-là, que nous avons des propositions justes, qu’une aide de l’état est toujours discrétionnaire et peut disparaître du jour au lendemain, que nous sommes contre le début d’une caisse autonome mais pour de vrais droits collectifs.

Ces tables rondes mettent en avant le fond du débat : le dossier est politique et il exige une réforme en profondeur. Une grande réforme de société. Nous vivons dans un monde pensé pour l’emploi stable. Il faut cependant rappeler que les chômeurs à activités réduites sont passés de 500 000 à 1,7 millions en 20 ans, 86% des embauches se font en CDD, l’intermittence n’est pas réservé au secteur du spectacle, l’intermittence de l’emploi touche tout le monde.

L’inadaptation de notre monde à la discontinuité, voilà l’enjeu. Et cette phrase est une cruelle réalité pour les malades et femmes enceintes non couverts par la sécu parce que non indemnisés par l’assurance chômage. Nous ne nous en sortirons pas avec notre petite réserve d’indiens, stigmatisés comme privilégiés et bénéficiaires d’un régime trop généreux. Après avoir démontré qu’un intermittent du spectacle ne coutait pas plus cher qu’un autre chômeur, que notre déficit n’en était pas un, qu’il fallait arrêter de baisser la tête sur le thème des privilèges, il faut affirmer qu’il n’y a pas de honte à travailler de manière discontinue. Cette intermittence, choisie ou subie, doit être couverte. Les droits doivent être attachés à la personne. Contrairement aux idées reçues, donner des droits aux précaires, c’est aussi renforcer les droits pour les salariés à l’emploi stable.

Que se passe t-il actuellement ? Les salariés en CDI savent qu’une armée de réserve peut prendre leur place. Ainsi, toutes les conditions sont acceptées et gare à celui qui discute. Oui, la règle est simple : moins il y a de droits pour les chômeurs, plus le lien de subordination (celui qui lie un employeur au salarié) est important. On comprend mieux pourquoi le Medef tient absolument à garder la main mise sur l’assurance chômage, il met en place son projet avec la complicité de tous les gouvernements.

Pour rappel sur les 50 milliards d’euros d’économie en 3 ans du pacte de responsabilité, 2 milliards sont prévus pour l’assurance chômage. Autrement dit cette économie sur le dos des pauvres a été conjointement décidée par Hollande et le Medef. Et ces réformes ne provoquent aucun remous pour une raison principale : la refondation sociale dictée par le Medef à savoir des domaines réservés (comme la gestion de l’Unedic) sur lesquels il est clairement demandé aux politiques de ne pas intervenir.

Ainsi nous vivons dans un monde où des dirigeants politiques parlent de plein emploi et ont des recettes pour cela. Comment peuvent-ils penser que leurs promesses sont crédibles ? Qui peut croire que 6 millions d’emplois stables seront créés ? Pourquoi ce dictat de l’emploi à tout prix ? Nous ne cesserons de rappeler que 6 intermittents sur 10 tout comme 6 chômeurs sur 10 ne sont pas indemnisés. Imaginons 6 malades sur 10 non couverts par la sécurité sociale !

Nous, intermittent du spectacle, savons à quel point la continuité de revenu sur une discontinuité d’emploi est un enjeu majeur. Nous nous devons de porter ce débat haut et fort, nous devons partir de notre expérience et convaincre, nous devons nous battre pour une société adaptée à nos pratiques.

Oui nous devons continuer à participer à cette concertation, et nous continuerons à exiger des réponses. Mais ne nous voilons pas la face : nous n’obtiendrons rien sans un grand mouvement national. Alors mobilisons-nous autour des questions suivantes, qui pourraient être des slogans à marteler partout :

– Le dialogue social n’existe pas
– 10 chômeurs sur 10 doivent être indemnisés
– Des droits adaptés à la discontinuité de l’emploi
– Faisons de l’assurance chômage un grand enjeu national

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